La CIA avait prédit l’épidémie de coronavirus, affirme Hubert Védrine

Hubert Védrine était l’invité de la matinale de Renaud Blanc ce vendredi 27 mars. L’ancien ministre des Affaires étrangères a avancé l’idée que « des organisations militaires » et « la CIA » avaient prédit l’épidémie de coronavirus. La crise est pour lui l’occasion » de construire « une communauté internationale » chargée de créer une alternative à « la mondialisation dérégulée » et au « sans-frontiérisme » actuels.

 

La CIA aurait « décrit depuis des années » le scénario de l’épidémie de Covid-19

« Beaucoup d’anticipations avaient été faites par des organisations militaires, aux Etats-Unis, en France ou par la CIA ». Hubert Védrine a mis en avant ce matin, au micro de Renaud Blanc, un document de l’agence de renseignement américaine, paru en 2008, et qui aurait anticipé une pandémie comparable à celle du coronavirus. « Il y avait une prévision de la CIA qui s’appelait « Les Tendances globales en 2025″, où il y a avait exactement ce scénario », a assuré l’ancien diplomate, qui a cité un extrait à l’appui. L’émergence d’une maladie respiratoire humaine hautement transmissible, et pour laquelle il n’y aurait pas de contre-mesures adéquates, pourrait déclencher une pandémie mondiale ». « Et il y a toutes les indications », a-t-il surenchéri. Malgré les limites imposées aux voyages internationaux, les personnes présentant des symptômes bénins pourraient transmettre la maladie sur d’autres continents. Tout cela est décrit depuis des années… », a-t-il déploré.

 

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L’ancien ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac a estimé que le monde entier devra tirer les leçons de cette crise sanitaire et a regretté, sans naïveté, l’absence totale de réponses internationales à l’épidémie. « Cela fait très longtemps qu’on se sert du mot de « communauté internationale » toute la journée, alors qu’il y a un système multilatéral qui fait ce qu’il peut, qui n’est pas très adapté à tout cela. Il n’y a pas de communauté des mentalités ni des esprits ».

 

 

« Vous le voyez bien dans cette crise, c’est une confirmation pas une révélation, les pays réagissent de façon tout à fait différentes ». L’ancien porte-parole sous la présidence de François Mitterrand a reconnu que l’approche des pays asiatiques, qui « ont tiré les leçons du SRAS », était meilleure que celle des occidentaux.

 

Hubert Védrine veut profiter de la crise pour abolir « l’économie casino »

« La communauté internationale est à construire. C’est une occasion », a-t-il espéré. Imaginez des solutions mondiales pour construire un nouveau système économique qui le serait moins, tel serait le vœu d’Hubert Védrine. « Il y a un mouvement énorme, surtout venant de ceux qui mettent en avant la survie économique, qui prône le retour à la normale. Ce n’est pas tenable (…) car l’impréparation face au risque pandémique n’était pas normale ». S’il ne souhaite pas revenir sur le principe de mondialisation, « qui remonte à l’aube de l’humanité », il veut corriger ce qu’il voit comme une dérive de la globalisation, « dérégulée et financiarisée », qui a abouti à la création d’une « économie casino ». « J’écarte l’hypothèse d’un retour à la normale. Mais l’autre hypothèse, « on va tout changer, ne plus prendre l’avion… », ce n’est pas tenable. Je suis sur la ligne : il faut commencer à réfléchir sur ce qu’il faut changer dans la mondialisation débridée. Garder les aspects positifs et corriger les autres », a-t-il précisé.

 

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Il a par exemple jugé la chaîne de valeur actuelle, qui oblige « pour fabriquer une voiture, (à) faire venir des pièces de 30 pays », ou la dépendance de certaines nations vis-à-vis de ressources stratégiques, comme anormale et à remédier. Mais certainement pas à l’échelle de l’Union européenne. « L’Europe au départ est un marché, fondée sous la protection de l’Alliance atlantique, élargie ensuite en marché unique. On ne peut pas faire de reproches à l’Europe dans le domaine sanitaire ; on ne lui a jamais délégué de compétences en la matière. Ce dont on a besoin, c’est d’une gouvernance internationale renforcée entre des gouvernements qui gouvernent, et pas qui s’en remettent à je ne sais qu’elle entité ».

 

La Chine tente de « faire oublier la genèse du processus » et sa responsabilité dans l’épidémie

Il a toutefois salué les décisions d’ordre économique prises par Christine Lagarde, patronne de la Banque centrale européenne, et par la présidente de la Commission, Ursula Van der Layen. Il a qualifié de « décision historique » la renonciation temporaire de l’Allemagne « au sacro-saint dogme budgétaire« , qui impose notamment une limite de 3% de déficit budgétaire aux membres de l’Union. Il a cependant estimé qu’il « faudrait y revenir » un jour et a appelé « tous ceux qui veulent une Europe organisée autrement » à « avancer des idées et à ne pas parler dans le vide ». « Il ne faut pas que ce soit des controverses stériles », a-t-il prévenu. Certains pays, tels la Chine et la Russie, ont profité du manque de solidarité criant des européens pour épauler l’Italie en grandes difficultés ; une décision humanitaire chargée d’arrière-pensées géopolitiques.

 

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« La montée en puissance de la Chine, on la découvre parce que c’est spectaculaire. Elle l’utilise habillement pour faire oublier la genèse du processus », a rappelé Hubert Védrine, qui a sous-entendu  que le virus provenait bien de la République populaire, malgré la tentative récente du gouvernement chinois d’attribuer son arrivée dans Wuhan, épicentre du Covid-19, à l’armée américaine.

 

 

« Le type de marché qui existe en Chine, avec les animaux sauvages, les hommes mélangés et les bouchers au milieu, c’est évidemment un foyer » de pandémie. « Je ne vois pas le système chinois, impressionnant mais pas séduisant, l’emporter » à l’arrivée. « La Russie aide aussi, on va pas en faire un drame », a-t-il relativisé.

 

Emmanuel Macron devra « lancer des pistes » mais imaginer le monde d’après « sera un travail collectif »

« Ce qui est gênant dans le sans-frontiérisme, c’est que c’était systématique ». La rapidité de propagation du coronavirus interroge l’étendue des flux de populations et l’abaissement des frontières. Hubert Védrine a appelé à créer une « Europe moins naïve en matière de migrations », moins « intimidable » par des pays étrangers, et « un nouveau Schengen », avec l’accent mis sur un meilleur contrôle des frontières extérieures. « On a jamais bien géré les frontières externes » de Schengen, a-t-il reconnu. Il faut corriger cela mais une frontière, cela ne veut pas dire fermeture, protectionnisme ! »

 

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Hubert Védrine a terminé en balisant les contours du rôle que devrait être, « quand on aura réussi à stopper la pandémie (et) évité le collapsus économique », celui d’Emmanuel Macron, qui indiquait il y a quelques jours vouloir « interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ces failles au grand jour ». « Le président de la République peut lancer des idées, ouvrir des pistes, il peut animer une réflexion mais ce sera un travail collectif », a déclaré Hubert Védrine, qui « n’imagine pas que l’on puisse faire ce travail d’une façon que française ». « Je souhaite que ce ne soit pas un règlement de compte généralisé incompréhensible, mais (…) il faut lancer un débat, qui sera très confus au départ, et déjà imaginer son débouché », a-t-il conclu.

 

Nicolas Gomont

 

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