Coronavirus : « Le chômage partiel ne peut pas être la réponse unique » selon Eric Woerth

Eric Woerth était l’invité de la matinale de Renaud Blanc ce mercredi 25 mars. Le président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale a jugé qu’il faut « aller plus loin » dans le soutien aux entreprises pour éviter de faire « d’une récession une dépression ». Malgré la contamination d’assesseurs, il a assuré que la droite a « eu raison de demander le maintien du 1er tour » des municipales, malgré l’épidémie de coronavirus.

 

Eric Woerth redoute des baisses de chiffres d’affaires « plus brutales qu’en 2008″

« Aller à une récession jusqu’à 4 ou 5 points de PIB, c’est terrible, mais ce serait supportable. » Eric Woerth s’est inquiété du tournant économique que pourrait prendre le confinement généralisé du pays. « On ne peut pas faire d’une récession une dépression. Bercy est en train de parler de la crise de 1929 (…) avec des baisses de chiffre d’affaires bien plus brutales qu’en 2008. (A l’époque), on est allé à plus de 7 points de déficit pour substituer des dépenses privées en dépenses publiques, sinon tout s’arrêtait », a rappelé celui qui était alors ministre du Budget et des Comptes publics.

 

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Le président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale a approuvé les mesures de sauvegarde de l’économie prises par le chef de l’Etat, mais « veut aller plus loin ». « On ne peut pas laisser s’arrêter l’économie, car ce serait un arrêt de mort pour beaucoup d’entreprises ».

 

 

D’autant que les « structures économiques de la France » rendraient « le redémarrage de notre économie encore plus compliqué ». Eric Woerth aimerait que l’on tienne compte à la fois de la peur d’un « chef d’entreprise de voir sa responsabilité engagée, au cas où il mettrait en danger la santé de ses salariés » et du fait que le droit de retrait invoqué par certains employés « n’est pas juridique ».

 

« Le chômage partiel ne peut pas être la réponse unique« , pour Eric Woerth

« Il n’y a pas de fournisseurs, il n’y pas de clients et il n’y a plus de travail. Il faut du dépistage, si on veut que les gens retrouvent le chemin du travail. Quand une entreprise a pris toutes les mesures nécessaires, il faut qu’elle puisse continuer à fonctionner. Le chômage partiel ne peut pas être la réponse unique ». Une des autres réponses avancées par le ministère de l’Economie serait la nationalisation de certaines entreprises en difficulté. Une mesure saluée par Eric Woerth : « On ne peut pas laisser nos entreprises en danger, (qu’elles aient) pas ou peu de trésorerie ».

 

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Mais le député LR de l’Oise a aussi mis sur la table d’autres mécanismes de soutien aux entreprises, comme des « prises de participations provisoires », « des quasi fonds propres » ou « des prêts à très longs termes ».

 

 

« Cela s’est fait en 2008 assez efficacement avec le secteur bancaire et automobile. On ne pourra pas agir partout pendant longtemps. On ne peut pas substituer des revenus publics à des revenus privés pendant des mois et des mois ». Impossible de savoir pour lui si le rebond économique sera soudain ou progressif ; cette question faisant encore l’objet « d’une guéguerre entre les économistes ».

 

Les régions doivent jouer un rôle majeur dans la crise sanitaire et économique

Autre « guéguerre » à éviter à ses yeux, celle qui oppose le secteur hospitalier et les cliniques. « Il y a sans doute des difficultés de coordination entre le privé et le public. Les cliniques privées ont déprogrammé des opérations – qu’il faut mener aussi, car il n’y a pas que le coronavirus – il y a beaucoup de lits vides et du matériel rapatrié des salles d’opérations. Il faut que les différentes ARS (Agence régionale de santé) utilisent au mieux les deux secteurs ». Mais une chose est sûre pour Eric Woerth, il ne faut pas aller plus loin dans le confinement, malgré le non-respect des directives dans certains territoires.

 

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« Je crois que la pédagogie est est train de marcher. Il y a certainement des quartiers dans lesquels le confinement est mieux respecté… Les maires ont pris des arrêtés de couvre-feu, aidés par les préfets ». Une autre strate administrative de l’Etat doit occuper une fonction de premier plan pour Eric Woerth, les régions. Elles doivent « jouer un rôle majeur dans le domaine économique. D’abord, c’est leur compétence mais elles sont aussi proches du terrain et ont des moyens. Le fait que les régions participent au fond solidarité est un point très important » mais il faut qu’elles fassent plus pour palier à « l’angoisse économique très forte, pour les plus petites (entreprises) comme pour les plus grandes ».

 

« On a eu raison de demander le maintien du 1er tour », assume Eric Woerth

Notamment dans les petites villes et villages, c’est le maire qui est en première ligne. Il devra décider conjointement avec les préfets à l’avenir du maintien ou non des marchés en plein air. « Ce n’est facile de remettre sur le dos des maires une décision de cette nature. Il faut arbitrer entre les intérêts locaux et ceux des producteurs en situation de désespoir ». Certains maires ont d’ailleurs été réélus dès le dimanche 15 mars, à la faveur d’un premier tour des municipales maintenu par le président de la République, en dépit des critiques de certains médecins.

 

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Le rôle des Républicains et du président du Sénat (LR) Gérard Larcher a été pointé du doigt ; des figures de la droite estimant alors que « la démocratie ne (pouvait) pas être mise en quarantaine ». Depuis, plusieurs cas d’infections de présidents de bureau de vote ou d’assesseurs, notamment dans le Val d’Oise, ont été répertoriés.

 

 

« On ne peut pas lier les deux. On a eu raison, avec les connaissances que nous avions, que l’Etat avait, de demander le maintient du 1er tour. Si le président avait souhaité l’annuler, il fallait l’interdire. On l’aurait soutenu. Cette polémique est inutile et vaine », a jugé Eric Woerth.

 

Une mission d’information et un comité de suivi des mesures économiques créés

La polémique, Les Républicains assurent ne pas non plus la chercher en réclament une commission d’enquête parlementaire visant à évaluer les agissements du gouvernement durant la crise sanitaire du coronavirus. « Personne n’a envie de faire des polémiques. Mais les institutions doivent continuer de fonctionner. Les commissions d’enquêtes, cela existe. Sur un sujet comme celui-là, on ne comprendrait pas qu’il n’y en ait pas une, à un moment donné ».

 

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Eric Woerth a aussi rappelé les autres initiatives de contrôle parlementaire mis en place ces derniers jours, dont une « mission d’information » créée hier à l’Assemblée et placée sous la houlette du président de la chambre, Richard Ferrand (LREM).

 

 

Il a aussi évoqué un « comité de suivi des mesures économique », institué « pour savoir comment sont distribués les crédits sur le territoire ».

 

Nicolas Gomont

 

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