Les foires aux vins n’ont plus la cote…

Le cabinet d’études Nielsen qui vient de révéler des chiffres le dit clairement : on peut parler de « Gueule de bois pour les foires aux vins ». Cette année, ce grand événement de la rentrée n’a pas fait recette. Nielsen annonce des ventes globalement en baisse de 10 % pour les vins en grandes surfaces pendant les huit semaines de septembre et d’octobre. Les champagnes plongent même de 34 %. Pour la première fois de mémoire de gérant d’hypermarché, les ventes totales du rayon passent même en deçà de la barre du milliard d’euros sur deux mois.

 

Foires aux vins : comment expliquer cette chute ?

Il y a une raison conjoncturelle et une raison plus structurelle. Le conjoncturel c’est qu’on a voté l’an dernier une loi pour limiter la guerre des prix dans la grande distribution. L’idée c’était de faire remonter un peu les prix pour qu’il y ait un effet de ruissellement qui profite au final aux producteurs et aux paysans ou aux viticulteurs. Mais dans un premier temps on a surtout encadré les promotions. On a plus le droit de faire trois bouteilles pour le prix de deux ou de vendre des grands crus à prix coûtant. Du coup, il y a eu moins de promo. Donc moins de demande. Et l’effet plus structurel, c’est que les ventes de vin ont tendance à décliner. On boit moins mais on boit mieux mais on boit surtout moins. En particulier les jeunes qui sont plus apéro que grand cru.

 

 

Est-ce que ce coup de mou des foires au vins c’est grave pour les viticulteurs ?

Les foires aux vins ont été inventées dans les années 70 par Leclerc. Le côté positif d’une foire c’est que ça tire les ventes. Il y a un effet volume. On écoule comme ça autour d’un tiers du vin en France. C’est donc majeur. Mais le revers de la médaille, c’est que quand on a une stratégie volume, on a rarement une stratégie prix. Or, le vin cherche à monter en gamme et le champagne à conserver une image luxe. Servir juste de produit d’appel pour la grande distribution, ce n’est pas très valorisant. Surtout que comme le vin devient un produit un peu moins important pour les supermarchés, les bouteilles de rouge et de blanc perdent des mètres en linéaires. Il y a un peu moins d’offre et la demande haut de gamme se déplace vers les spécialistes qui conservent des cavistes ou vers la vente sur Internet qui est très développée. La morale, c’est que le déclin des foires aux vins, ça sera peut-être un problème à court terme mais que sur le long terme c’est peut-être mieux pour le monde du vin de s’appuyer sur des distributeurs spécialisés.

 

 

 

David Barroux

 

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