Lang Lang enregistre les Variations Goldberg de Bach, 3 ans après sa blessure à la main

Après trois décennies de travail sur l’oeuvre de Jean-Sébastien Bach, le pianiste chinois Lang Lang, star planétaire du piano, lance sa version des Variations Goldberg. Dans un entretien à l’AFP, 3 ans après sa blessure à la main gauche, il parle de ce défi et raconte sa vie de concertiste privé de scène pour cause d’épidémie de Covid-19.

 

Lang Lang n’a jamais travaillé aussi longtemps sur une oeuvre

Pour s’attaquer au monument que sont les « Variations », l’une des pièces les plus difficiles du répertoire de par sa grande variété de style, Lang Lang a puisé dans son passé d’enfant prodige. « J’ai joué tellement de Bach quand j’étais petit », se souvient-il. Les 30 Variations Goldberg, Lang Lang les jouait « déjà à l’âge de 10 ans » et les connaissait entièrement par cœur sept ans plus tard. « Les mémoriser n’a pas été tellement difficile, parce que j’ai commencé tôt », résume-t-il. Mais de là à oser les enregistrer… « Ça m’a pris 27 ans pour être prêt », lance-t-il dans un grand éclat de rire. Je n’ai jamais travaillé aussi longtemps sur une œuvre ».

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« J’ai attendu pendant des années de mieux connaître la pièce. Quand je commençais à l’enregistrer, j’étais pris de peur et j’enregistrais autre chose », raconte le pianiste chinois. « Si je ne ressens pas qu’une oeuvre devient une partie de moi, si je ne la comprends pas à fond, je ne me sens pas à l’aise pour l’enregistrer ». L’album, distribué par Deutsche Grammophon, est en deux parties. Une version studio et une version concert, enregistrée en mars à l’église Saint-Thomas de Leipzig, fief de Jean-Sébastien Bach où le compositeur allemand est enterré.

 

Pour Lang Lang, Paris est la ville qui a « le plus de sens artistique »

Pendant la période la plus dure de la pandémie de coronavirus Lang Lang n’a jamais cessé de travailler.  « J’ai réétudié certaines des grandes pièces romantiques que je n’avais plus jouées depuis un certain temps: Rachmaninov, Tchaïkovski… Je ne me suis pas refroidi les mains. Ce qui m’a manqué le plus, c’est la scène », confie l’artiste, qui avait pour habitude de donner au moins 90 concerts par an aux quatre coins de la planète et a dû annuler plus de 70 dates. Un nouveau coup dur quelques années après sa blessure au bras gauche, qui avait entraîné l’annulation de 3 mois de concerts.

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L’enfant prodige qui pendant le confinement a malgré tout répété entre six et dix heures par jour ne joue plus aujourd’hui que deux heures sur le piano qu’il partage avec son épouse, la pianiste germano-coréenne Gina Redlinger avec laquelle il séjourne régulièrement dans son pied-à-terre à Paris. « J’adore cette ville. Ce n’est peut-être pas la plus importante pour la musique classique, à côté de Berlin ou de Vienne, mais c’est Paris qui a le plus de sens artistique », estime-t-il. « Un jour, je jouais du Chopin tout en regardant sa maison place Vendôme et je me disais: c’est ici qu’il a composé certains morceaux, c’est le même décor, la même lune… ».

Philippe Gault  (avec AFP)

 

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