Ensauvagement : « Je ne suis pas choqué qu’on sache nommer une banalisation de la violence » affirme Laurent Nuñez

Laurent Nuñez, coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, était l’invité de la matinale de Renaud Blanc ce jeudi 10 septembre. Réagissant à la polémique sur le mot « ensauvagement », qui a valu au ministre de la Justice Eric Dupont-Moretti et au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin un recadrage de la part d’Emmanuel Macron, Laurent Nuñez a expliqué « je ne suis pas choqué qu’on sache nommer une banalisation de la violence qu’il faut combattre »

 

Laurent Nuñez a reconnu qu’il y avait une banalisation de la violence

« Contrairement à ce qu’on peut lire ou entendre, le régalien est bien un axe fort de la politique du président de la République » a tenu à souligner Laurent Nuñez, coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, ancien directeur général de la Sécurité Intérieure, ex-secrétaire d’état à l’Intérieur auprès de Christophe Castaner. Alors que la thématique de la sécurité monte dans les médias, Laurent Nuñez a reconnu qu’il y avait une banalisation de la violence, précisant : « pas toutes les violences, les violences volontaires gratuites ».

 

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Il explique que les forces de l’ordre « constatent une augmentation des refus d’obtempérer et des comportements violents, qui vont jusqu’à tuer », citant la mort d’une jeune gendarme dans le Lot-et-Garonne en juillet. Refusant de commenter le mot « ensauvagement », à l’origine d’une polémique entre les ministres de l’Intérieur et de la Justice, puis d’un recadrage de la part d’Emmanuel Macron, Laurent Nuñez affirme qu’il n’est « pas choqué qu’on sache nommer une banalisation de la violence qu’il faut combattre ».

 

Une centaine de détenus condamnés pour des faits de terrorisme sortiront de prison en 2020/2021

Alors que le procès des attentats de janvier 2015 se poursuit à Paris, Renaud Blanc a interrogé Laurent Nuñez sur les risques de nouvelles attaques. Celui-ci a souligné le travail « acharné » des services des renseignements pour éviter que ce type d’attaques se produisent. Si l’Etat islamique est « très affaibli, même s’il subsiste dans sa clandestinité », Laurent Nuñez précise que les services de l’Etat restent très concentrés sur la menace qu’il représente, et sur d’autres menaces, « endogènes ». Autrement dit des individus sur le territoire national, inspirés par la propagande de daesh, et qui peuvent passer à l’action de façon parfois très rapide. Les « radicalisations express », comme il les a nommées, sont à l’origine des trois dernières attaques terroristes.

 

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Qu’est-ce qui a changé en 5 ans, depuis les attentats de janvier et novembre 2015 ? A cette question de Renaud Blanc, Laurent Nuñez a cité plusieurs éléments : le recrutement de 10 000 policiers et gendarmes, dont 2000 affectés aux services de lutte contre le terrorisme, le budget « conséquent » de la DGSE, qui permet des investissements dans des moyens technique de surveillance, et enfin la loi anti-terroriste, qui permet de renforcer les mesures de surveillance. Autre changement notable : la meilleure communication entre les services de renseignements et de lutte antiterroriste, après des années de collaborations jugées mauvaises par les observateurs. Il a aussi évoqué le suivi par les services de renseignements des Français partis en Syrie et en Irak entre 2013 et 2015. Autre phénomène préoccupant pointé par Laurent Nunez : les détenus condamnés pour des faits de terrorisme. Ils sont 500 dont 100 vont sortir cette année et  l’année prochaine. « Nous sommes vigilants pour mieux apprécier leurs dangerosité » a-t-il résumé.

Béatrice Mouedine

 

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