Emmanuel Macron doit sauver son quinquennat de « l’insignifiance et la médiocrité », selon Denis Tillinac

Denis Tillinac était l’invité de la matinale de Renaud Blanc ce vendredi 21 février. L’écrivain publie aux éditions Plon le Dictionnaire amoureux du Général, dans lequel il livre son regard sur son « héros » Charles de Gaulle. Il en a profité pour tacler Emmanuel Macron. Mal entouré, il devrait se séparer du « boulet » des macroniens pour sauver son quinquennat de « l’insignifiance et de la médiocrité ».

 

Les flux migratoires font peser « une menace sur l’intégrité nationale », selon Denis Tillinac

Il n’était pas un intime de Charles de Gaulle. Au contraire même. « Je n’ai connu les héros de l’aventure [gaullienne] que lorsqu’ils étaient devenus de grands notables ». Denis Tillinac n’aura entrevu qu’une seule fois le héros du Dictionnaire amoureux qu’il publie chez Plon. « Je devais avoir 10 ou 12 ans. Je l’ai vu sortir de la Garde Républicaine dans sa DS et j’ai aperçu le képi à deux étoiles. Pour moi, c’était un héros de légende comme dans un livre de Walter Scott ». A ses yeux, il serait utile que les gouvernants français s’inspirent de son exemple et assume les « quinze siècles d’inconscient monarchique et bonapartiste du pays ». S’il est beaucoup question de séparatisme dans l’actualité, depuis qu’Emmanuel Macron a présenté son plan de lutte contre ce phénomène, l’utilisation du mot n’est pas nouvelle.

 

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Il a été « employé en 1947 par de Gaulle au début de la guerre froide. De Gaulle a fait de l’anti-communisme primaire et viscéral et appelait [les communistes] les séparatistes » puisqu’ils invoquaient « une patrie du cœur et de l’esprit qui était l’Union Soviétique ». Selon lui, l’obsession majeure des peuples européens se résume aux « conséquences des flux migratoires, avec des communautés qui se sont constituées. [Cela] fait qu’une menace pèse sur la concorde civile et sur l’intégrité nationale. C’est pas moi qui le dit, c’est François Hollande dans le livre qu’il a consacré au sujet. Il parle de sécessions ».

 

François Mitterrand a tenu un propos « monstrueux pour un chef d’Etat français »

Denis Tillinac a fait la même analyse que certains sociologues ce matin au micro de Renaud Blanc. Il a estimé que la France ne « s’aime pas » mais optimiste, a pensé que « l’on est en train de sortir d’un moment historique marqué par une repentance et un certain nihilisme ». Il a listé les raisons de cette auto-critique récurrente. « On a été de vilains esclavagistes au 18e, de vilains colonialistes au 19e, de vilains collabos pendant l’occupation et de vilains tortionnaires pendant la guerre d’Algérie », a-t-il reconnu avant de pointer l’insuffisance de ce discours.

 

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« On ne peux pas raconter ça à un peuple car cela ne le rend pas plus fraternel vis-à-vis de ceux qui arrivent ». Les Français seraient « mal dans leurs pompes » parce qu’ils auraient la nostalgie de la grandeur de Napoléon Ier et de celle de Charles de Gaulle. « Ils ont l’impression que leurs élites ne méritent pas de gouverner la France » ; un problème de génération d’après lui. Les derniers à avoir connu« l’Histoire » seraient François Mitterrand et Jacques Chirac. Ce dernier « était adolescent lors des bombardements alliés sur la côte d’Azur et a été officier durant la guerre d’Algérie. François Mitterrand était patriote mais a perdu confiance en la France. C’est pour cela qu’il disait : « la France est ma patrie et l’Europe mon avenir » ; ce qui est monstrueux pour un chef de l’Etat français ! », a-t-il tranché.

 

Jean-Yves Le Drian, seul ministre « conséquent » dans le gouvernement

L’art de gouverner selon Charles de Gaulle, que l’écrivain a résumé en rappelant la maxime « d’abord la France, ensuite l’Etat en enfin le droit », n’est pas obsolète pour lui « parce qu’il y a des réseaux sociaux et des chaînes d’info en continu ». « Au contraire, il faut d’autant plus que la parole présidentielle soit solennelle ». Un président doit accepter « le tragique de son sacerdoce. Il a le devoir de ne jamais céder à la compassion ». Dans le cas contraire, Denis Tillinac invite Emmanuel Macron et ses prochains successeurs à aller « dans une ONG » faire « de l’humanitaire ». Car « la politique c’est dur, c’est tragique. Si l’opinion publique, qui est une pute versatile et capricieuse, incline vers ceci ou cela, alors ils vont la suivre lâchement ».

 

 

Il a ensuite livré une vision plutôt acerbe du quinquennat d’Emmanuel Macron, qui peut encore « échapper à l’insignifiance et à la médiocrité »  à une condition impérative : « c’est qu’il se sépare des macroniens » qui constituent à ses yeux « son boulet, sa croix ». Denis Tillinac a expliqué la difficulté du président « à bien s’entourer ». « Il a été élu à cause d’une certaine déshérence de la droite et des sociaux démocrates. Il a ramassé un peu ce qui se présentait à lui et a une majorité qui n’a pas de cohésion, pas de vision ». Il a regretté l’absence de personnalités fortes au sein du gouvernement. « Le ministre le plus conséquent, c’est Jean-Yves Le Drian, qui a mon âge. »  Étonnant selon lui, pour ceux qui se présentaient comme incarnations « d’un nouveau monde. »

 

Nicolas Gomont

 

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