Réforme des retraites : passer par « le 49.3, c’est du délire » pour Laurent Berger

Laurent Berger était l’invité ce matin de la matinale de Guillaume Durand ce vendredi 14 février. Le secrétaire général de la CFDT a considéré qu’utiliser le 49.3 pour la réforme des retraites était « du délire ». Il ne s’est dit pas défavorable à une hausse des cotisations pour assurer le financement du système universel, toujours en discussion.

 

La France Insoumise « joue sa partition » en bloquant le texte à l’Assemblée

« S’il y a du 49.3 , c’est du délire ». Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT a vivement réagi à la possibilité d’utiliser l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour accélérer le passage du projet de loi de réforme des retraites. Une possibilité envisagée par Emmanuel Macron, selon les informations du Parisien, alors que le Premier Ministre aurait assuré hier aux organisations syndicales réunies à Matignon l’amélioration du projet par amendements. « C’est pas jouable. Il ne faut pas se moquer des citoyens. Il ne faut pas d’annonces contradictoires de la part de l’autre tête de l’exécutif. »

 

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Le projet de loi affronte en effet une situation de blocage. Le dépôt de milliers d’amendements émanant de la France Insoumise, dénoncé par la présidente de la commission retraite, Brigitte Bourguignon, a mis fin aux discussions en commission à l’Assemblée nationale ; les séances étant limitées dans le temps. Une stratégie de LFI que Laurent Berger n’a pas regretté ce matin : « Chacun joue sa partition ». La stratégie du gouvernement reste floue alors le financement de la réforme est toujours en discussion et suscite des questionnements au sein même de la majorité.

 

Le système universel est « le meilleur qu’on puisse construire »

« Déjà, le débat a été assez mal enclenché avec des approximations et des atermoiements du gouvernement », a déploré Laurent Berger avec de relativiser « l’urgence » d’acter cette loi avant l’été. « La procédure » parlementaire « avec ce qu’elle a de difficile doit se poursuivre ». D’abord opposé au projet exposé par Edouard Philippe le 11 décembre dernier, pourfendant le dispositif d’âge pivot aujourd’hui partiellement suspendu, Laurent Berger réclame que tous les chiffres soient sur la table pour entamer convenablement les négociations sur le financement du système universel, « le meilleur qu’on puisse construire ».

 

 

« L’erreur est de parler d’un indice qui n’existe pas », a-t-il pointé en faisant référence au revenu médian sur lequel le gouvernement entend faire reposer le calcul des pensions et qui n’a pas encore été imaginé par l’INSEE. Si aucune solution de financement à court terme n’est trouvée, alors que le gouvernement a déjà exclu toute baisse des pensions, l’âge pivot pourrait revenir à l’ordre du jour.

 

Laurent Berger veut étudier la réorientation d’aides aux entreprises vers le budget des retraites

« Le déséquilibre ne vient pas forcément des dépenses mais aussi d’un désengagent de l’Etat », a-t-il expliqué. « Je n’exclus pas du tout la hausse des cotisations sociales, a-t-il précisé, alors que le Premier ministre a déjà rejeté cette éventualité avec le soutien du MEDEF. Il a ensuite proposé d’étudier la réorientation d’aides accordées aux entreprises ou la réduction des exonérations de cotisations sociales pour alimenter le budget des retraites. Interrogé sur le caractère amateur des porteurs du projet de loi, Laurent Berger a estimé que ce n’était pas un question essentielle après avoir taclé : « le président de la République les définit lui-même comme ça ».

 

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L’essentiel demeure pour Laurent Berger la prise en compte des critères de pénibilité au-delà de certaines professions régaliennes, comme celles des policiers ou des militaires. « On a un patronat qui dit que cela existe la pénibilité » mais qui écarte tout « départ à la retraite anticipé pour ceux qui en souffrent ». Invité à conclure sur la baisse significative du chômage, il s’est réjouit d’une « bonne nouvelle » tout en la tempérant, en évoquant « le chômage des seniors » et celui de « longue durée ». Les effets de la réforme de l’assurance chômage, appliquée d’ici avril prochain, devraient entraîner une « situation très dégradée » pour les personnes concernées, a-t-il affirmé.

 

Nicolas Gomont

 

 

 

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