Coronavirus : Trop d’activités « essentielles à la nation » ferment, pour Muriel Pénicaud

Muriel Pénicaud était l’invitée ce matin de la matinale de Renaud Blanc sur Radio Classique. La ministre du Travail a indiqué que « 160.000 salariés » étaient au chômage partiel au dernier décompte. Elle s’est inquiétée de la fermeture d’activités « essentielles à la nation » et à son approvisionnement alimentaire notamment. Elle a maintenu son objectif de « zéro licenciement », même si elle ne les interdira pas.

 

9.000 entreprises et 160.000 salariés en chômage partiel

« Il peut y avoir quelqu’un qui craque un moment donné ». Muriel Pénicaud, interrogée sur la sortie médiatique hier dans les colonnes du Monde de l’ex-ministre la Santé Agnès Buzyn, qui a déploré en filigrane un manque de réactivité du gouvernement face au coronavirus, a préféré ne pas s’étendre sur le sujet. « Aujourd’hui, on travaille matin, midi et soir. La nuit parfois… Le reste, les polémiques, c’est pas le jour et c’est secondaire. » 

 

à lire aussi

 

La « guerre sanitaire » entraîne une « guerre économique » que la ministre du Travail entend gagner « en limitant le plus possible les défaillances d’entreprises et les vagues de licenciements ». L’outil principal dans l’arsenal de son ministère, pour « éviter la casse sociale et repartir demain », reste le chômage partiel.

 

 

« Hier, on avait 9.000 entreprises concernées et 160.000 salariés pour un coût de 500 millions d’euros », a précisé Muriel Pénicaud, qui a semblé s’inquiéter du nombre croissant de demandes. « Cela augmente beaucoup d’heure en heure. J’aimerais rassurer les entreprises » car il y aurait des « embouteillages » dans le traitement des déclarations. 

 

 

Des activités ferment au-delà de ce que prévoit le décret, explique Muriel Pénicaud

« Elles ont 30 jours pour faire leurs demandes », tout en sachant qu’une rétroactivité sera appliquée au besoin. Certaines entreprises auraient, à l’en croire, recours de manière abusive à cette disposition du gouvernement. « Il y a beaucoup d’activités économiques qui ferment au-delà de ce que prévoit le décret réglementaire ».

 

 

« Or, elles sont essentielles à la nation. On a besoin de plombiers. On n’aura pas de problèmes à s’approvisionner à condition que toute la chaîne (agro-alimentaire) fonctionne. Quand vous achetez un litre de lait, derrière il y a un agriculteur, une industrie, un transporteur, un fabricant de pièces détachées pour le camion, l’hôtesse de caisse… Il y a 15 métiers au moins. On a besoin que l’activité économique continue ». 

 

à lire aussi

 

Si le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a déjà tenté un premier chiffrage des pertes économiques pour la France – il table sur une récession de 1% pour l’année 2020 au lieu d’une croissance 1,4% – Muriel Pénicaud pense qu’il « est beaucoup trop tôt » pour élaborer des estimations à ce sujet. « On ne laisse tomber personne, personne de va se retrouver en difficulté, on met en place un système très protecteur », a-t-elle martelé pour rassurer les salariés inquiets pour leur avenir.

 

 

Il n’y aura pas d’interdiction des licenciements

« Avec le chômage partiel, on reste avec son contrat de travail. On a 100% de sa rémunération si on est au SMIC, 84% si on est au-dessus », a-t-elle rappelé. Précisons que le taux de rémunération est calculé sur les 35 heures de travail réglementaires et sur le salaire net de l’employé. Il ne prend pas en compte les heures supplémentaires.

 

 

Ce dispositif de chômage partiel devrait être modifié prochainement par décret. Il ne prévoira plus qu’une couverture à 100% des indemnisations versées aux salariés par les entreprises dans la limite de 4,5 SMIC. « On va apprendre à travailler autrement. On a aussi besoin du civisme des entreprises ».

 

à lire aussi

 

La ministre, qui a présidé hier une réunion avec les organisation salariales et patronales, espère que la nouvelle organisation du travail en ces temps de crise s’appuiera davantage sur le dialogue social que sur le droit. Muriel Pénicaud maintient son objectif de « zéro licenciement« . « On est tout à fait en phase avec le Premier ministre », a-t-elle assuré, alors qu’Edourard Philippe se montrait hier à la télévision moins affirmatif sur la question. « Je n’ai jamais parlé d’interdiction des licenciements, cela ne marche pas ». Il n’y aura donc aucune mesure de coercition. La ministre préfère en appeler « à la responsabilité des entreprises ».

 

 

Les employeurs pourront plus facilement imposer des congés payés aux salariés

Muriel Pénicaud a ensuite apporté plusieurs réponses courtes à des problèmes concrets. « Si vous êtes un des deux parents qui gardez votre enfant, vous êtes en arrêt maladie sans certificat médical et selon les conventions collectives », vous toucherez « 90% de votre salaire », a-t-elle par exemple détaillé, expliquant que les employeurs devront payer la partie complémentaire qui garantie un tel niveau de revenus au salarié, durant normalement les 30 premiers jours de son arrêt de travail.

 

à lire aussi

 

« Il y a 8 millions de personnes qui peuvent télé-travailler », a calculé Muriel Pénicaud, qui a rappelé dans la foulée que les « entreprises sont obligés d’accepter » le télétravail si le poste du salarié le permet.

 

 

Le chef d’entreprise peut imposer à ses employés plusieurs jours ou semaines de congés, comme c’est déjà le cas aujourd’hui. Seulement, il n’aura plus temporairement pour obligation d’en faire l’annonce quatre semaines à l’avance.

 

1.500 euros par mois garantis pour les indépendants

Les indépendants, qui perdent tout ou partie de leur chiffre d’affaires, ne seront pas non plus oubliés. « Le ministre de l’Economie met un fond de solidarité en place », qui va permettre aux indépendants de toucher « 1500 euros par mois, à partir de ce mois-ci (…) pour leur permettre de sortir la tête de l’eau ». Muriel Pénicaud a aussi assuré que l’Etat viendrait au secours des « fleurons nationaux » comme Air France, pour ne pas qu’ils soient la cible de prédateurs économiques.

 

à lire aussi

 

Quitte à lancer des nationalisations, ou tout le moins, des montées au capital. Si des réformes, comme celles des retraites, ont été suspendues, ce n’est pas le cas de l’ensemble de la réforme de l’assurance chômage.

 

 

« On ne va pas revenir ce qui a déjà été mis en place l’année dernière », comme le droit aux allocations chômage pour les démissionnaires désireux de créer leur entreprise. « Toutes les mesures qui devaient arriver au 1er avril sont reportées au 1er septembre », a réitéré la ministre.

 

Nicolas Gomont

 

Retrouvez les interviews politiques