« Comme quand on vit un attentat, il faut que la nation fasse bloc », affirme Stanislas Guérini

Stanislas Guerini était l’invité de la matinale de Renaud Blanc ce vendredi 13 mars. Le délégué général de la République en Marche a jugé que la crise du coronavirus exigeait une unité nationale, comme après « un attentat ». Il a assuré écouter la science et a fustigé ceux « qui donne leur avis comme au bistrot »  ou qui veulent « revenir à une gestion nationaliste, rabougrie » et qui « jouent sur les peurs ».

 

Emmanuel Macron aurait annulé les municipales si le conseil scientifique avait mis son veto

« C’est probablement les décisions les plus lourdes qu’Emmanuel Macron a dû prendre depuis le début de son quinquennat ». Stanislas Guerini s’est inscrit ce matin au micro de Radio Classique dans le sillage de l’allocution d’Emmanuel Macron hier soir à la télévision. Il a réclamé une unité nationale dans ce contexte de « cette crise sanitaire, la plus grave depuis plus d’un siècle ». « Ce sont des moments, comme quand on vit un attentat, où il est nécessaire que la nation fasse bloc », a-t-il entonné. Des rumeurs faisaient état toute la journée d’hier d’un possible report des élections municipales, mais celles-ci auront bien lieu. Et si le président de la République a demandé à tous les Français de limiter au maximum leur déplacement, il les a toutefois invités à se rendre dans les bureaux de vote.

 

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Une double incitation parfois mal comprise et qui pourrait faire augmenter l’abstention. « Mon rôle n’est pas de craindre. C’est d’inciter nos concitoyens à aller voter. Quand on regarde les projections sur les élections, c’est davantage les jeunes qui étaient inquiets à cause du coronavirus« . Mais il assure que ce choix du maintien n’est pas seulement politique. « C’est avant tout une décision sanitaire. Le ministre de la Santé s’est entouré d’un conseil scientifique avec des spécialistes de l‘éthique. S’ils avaient mis en veto, le chef de l’Etat n’aurait pas hésité à reporter les municipales. »

 

« La bourse, cela descend, cela remonte. L’important, c’est l’économie réelle », estime Stanislas Guerini

Le chef de l’Etat a effectué plusieurs annonces hier visant à amortir l’impact sur l’économie de ses mesures de lutte contre la propagation du coronavirus. Elles comprennent notamment la mise en place d’un chômage partiel pour les salariés empêchés d’aller travailler, avec une prise en charge par l’Etat des salaires. « Ce n’est pas un cap à gauche après un cap qui aurait été soi-disant à droite, a assuré Stanislas Guerini. En revanche, que le chef de l’Etat ait dit qui fallait profondément interroger notre modèle de production, de société, de solidarité, c’est vrai. »

 

 

Déjà les économistes tablent sur une croissance moins forte que prévue à cause du Covid-19. « Nous faisons face à un choc massif, brutal, mondial, a-t-il lâché avant de relativiser le krach boursier qui s’est produit hier sur l’ensemble des places financières du monde. La bourse cela descend et cela remonte. Ce qui est important, c’est l’emploi, l’économie réelle ».

 

Stanislas Guerini a tancé « ceux qui viennent donner leur avis personnel, comme au bistrot »

Il s’est d’ailleurs félicité des mesures annoncées en termes de chômage partiel, afin de « conserver les salariés et les compétences pour que notre économie rebondisse, pour que ce choc économique ne devienne pas une crise systémique ». « Notre capacité de notre système de santé va être challengée », a-t-il prévenu. Dans la presse ce matin, des médecins s’alarment et réclament davantage de confinement. « C’est très dangereux que les uns et les autres viennent donner leur avis personnel, comme on donne son avis au bistrot, a-t-il blâmé, bien qu’il ait assuré à plusieurs reprises écouter « la science ».

 

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Si le ministre de l’Education assurait sur notre antenne la semaine dernière, et encore au matin de l’allocution d’Emmanuel Macron que la fermeture totale des écoles n’était pas envisagée, la décision a néanmoins été prise. « Il faut accepter que l’on puisse adapter quotidiennement les réponses », a-t-il argué pour tenter d’expliquer le revirement de situation. Stanislas Guerini n’exclut d’ailleurs pas une intensification des dispositifs ces prochains jours, jusqu’au confinement total du pays.

 

Donald Trump raconterait « absolument n’importe quoi »

Pour autant, il rejette l’idée d’une fermeture des frontières. « Ce virus n’a pas de passeport. Ceux qui veulent nous faire croire que c’est une question administrative ou de fermeture de frontières, qui pensent qu’il faudrait revenir à une gestion nationaliste, rabougrie, mentent en réalité et jouent sur les peurs ». Le député de Paris privilégie les mesures de confinement entre des zones touchées et celles qui ne le sont pas, car les régions contaminées déborderaient les frontières administratives.

 

 

Stanislas Guerini a par ailleurs égratigné Donald Trump, avec qui Emmanuel Macron est censé s’entretenir sur la question du coronavirus dans les prochaines heures. « On voit là toutes les différences entre un Emmanuel Macron et un Donald Trump, qui il y a une semaine, ignorait totalement la réalité de ce virus-là et qui racontait absolument n’importe quoi. Du jour au lendemain, il prend la décision d’interdire [les vols des Européens vers les Etats-Unis] en rejetant la faute sur les européens ».

 

 

Nicolas Gomont

 

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