Coronavirus : « Il serait indécent de ne tester que les seuls députés », pour Olivier Faure

Olivier Faure était l’invité de la matinale de Guillaume Durand ce mardi 10 mars. Le premier secrétaire du Parti socialiste ne veut pas de dépistage généralisé des députés, « un privilège » qui serait « incompréhensible ». Il espère que le PS va « être à nouveau la force qui peut entraîner » aux municipales et vise des alliances larges à gauche. Il ne veut pas entendre parler de Manuel Valls, dont il fustige « les pérégrinations » et le « nomadisme électoral ». 

 

Tester les députés contre le coronavirus serait « indecent »

« Je ne voudrais pas que l’on fasse des parlementaires des privilégiés ». Alors que le ministre de la Culture a été dépisté positif au coronavirus et que plusieurs députés, dont deux appartenant au Parti socialiste, sont contaminés, Olivier Faure refuse que les parlementaires fassent l’objet d’une attention particulière. « Il serait indécent de ne tester que les seuls députés, alors que la France entière est dans l’angoisse. Donner le sentiment qu’il y aurait une forme d’accès privilégié aux tests alors que la plupart des Français ne sont plus testés, ce serait incompréhensible ».

 

à lire aussi

 

S’il salue la « bonne stratégie » adoptée par le gouvernement pour « freiner le virus et éviter l’embolie dans les hôpitaux », le premier secrétaire du Parti socialiste pointe du doigt la situation du système de santé français. « Aujourd’hui, même s’il est vanté dans le monde entier, il est en fait au bord de la crise de nerf », a-t-il déclaré, réclamant le vote d’une loi de finance rectificative qui « permette d’aller au devant des soignants et de leur donner des moyens ». Le député de Seine-et-Marne estime qu’il faut rassurer les malades, alors que l’Italie est « entrée dans une forme de médecine de guerre, où on sélectionne les patients parce que l’on est pas capable de les soigner tous ».

 

Jean-Luc Mélenchon « dans le grand remplacement » pour Olivier Faure

« Cela fait sept ans que les socialistes ont perdu toutes les élections ». Même si la menace d’un report a plané sur les municipales, le scrutin se déroulera bien malgré l’épidémie de coronavirus. Et le Parti socialiste espère « pour la première fois depuis longtemps être à nouveau la force qui peut entraîner. » Pour cela, il lui faudra au moins remporter des victoires emblématiques, comme à Paris, où Anne Hidalgo se présente pour un second mandat. Mais des rumeurs font état d’un possible accord de second tour entre Rachida Dati (LR) et Agnès Buzyn (LREM) pour faire chuter la maire sortante. Olivier Faure a tenu à ce sujet à rappeler « la promesse du nouveau monde », mantra de La République en Marche, celle de « la cohérence, de ne plus tripatouiller et de ne plus faire en arrière boutique ce que l’on arrive pas à tenir devant les Français. »

 

 

Olivier Faure a tenté de rejouer la carte du rassemblement des forces de gauche et des écologistes. Il refuse en ce sens une vision manichéenne de l’expérience Place publique, du nom du parti politique fondé notamment par le philosophe Raphaël Glucksmann et auquel le PS s’est associé pour les élections européennes. Malgré la débâcle électorale, « je maintiens que ce n’est pas un échec« , a-t-il assuré. « S’il n’y avait pas eu cet épisode-là, de faire en sorte que le PS s’ouvre à d’autres », il n’y aurait pas eu « dans ces élections […] des alliances partout. » En tous cas, aucun rapprochement n’est à envisager dans l’immédiat avec La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, qui aux yeux d’Olivier Faure, a choisi la « mauvaise stratégie ». « Il a cherché depuis le départ à être dans le grand remplacement et à vouloir à lui seul » incarner « la gauche et les écologistes ».

 

Olivier Faure pas d’accord « le nomadisme électoral » de Manuel Valls

La question de l’incarnation du PS pour la prochaine présidentielle ne se pose pas actuellement, pour son premier secrétaire. « Celui qui sera le mieux placé sera mon candidat ». Quel que soit son placement dans les sondages, impossible que Manuel Valls devienne le choix d’Olivier Faure. L’ancien Premier ministre socialiste espère en ce moment faire son retour en France, après avoir quitté le pays pour conquérir la mairie de Barcelone. « La question se pose du côté de LREM. Est-ce qu’ils veulent récupérer à nouveau Manuel Valls, qui expliquait selon les heures, selon les jours, que sa seule ville c’était Evry, sa seule patrie c’était la France. Puis sa seule patrie est devenue l’Espagne, sa seule ville Barcelone. Et maintenant de nouveau la France… Je ne suis pas d’accord avec ses pérégrinations et son nomadisme électoral. »

 

à lire aussi

 

S’il a salué le trio qu’il a formé avec François Hollande et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve durant les attentats terroristes, il assume ses désaccords politiques avec l’ancien maire d’Evry. « Tous les trois ont été des ressources indispensables pour maintenir la cohésion d’un pays qui pouvait se fracturer à ce moment-là. Sur la dimension politique du personnage, j’ai plus que des réserves ».

 

 

Nicolas Gomont

 

Retrouvez les interviews politiques