« Mon quinquennat a été celui de l’autorité », affirme François Hollande

François Hollande était l’invité de la matinale de Guillaume Durand ce jeudi 5 mars pour la sortie de son livre Leur République, un ouvrage destiné aux enfants. L’ancien président de la République a affirmé qu’il voterait Anne Hidalgo s’il était parisien. Il a assuré que son « quinquennat a été celui de l’autorité » malgré les polémiques. A ses yeux, Emmanuel Macron gouverne seul, avec une majorité « inexistante » et un gouvernement « sans autorité dans le pays ».

 

Anne Hidalgo a fait des choix « courageux mais pas forcément compris »

« Si j’étais Parisien, je voterais Anne Hidalgo ». Bien qu’il soit toujours inscrit sur les listes électorales de Tulle, en Corrèze, François Hollande a tenu à assurer à la maire de la capitale Anne Hidalgo (PS) son soutien, au lendemain du débat télévisé ayant opposé 7 des 8 candidats aux municipales à Paris. Il a estimé que « ce qu’elle a fait était courageux mais n’a pas forcément été compris initialement ». Parmi les mesures « qui n’ont pas forcément été expliquées comme il fallait », la limitation de la place de la voiture ou l’aménagement des voies sur berges.

 

à lire aussi

 

« Dans ce contexte de réchauffement climatique, qui ne fait plus de doute pour personne, ou la question du [corona]virus qui laisse penser que nous aurons à changer nos modes de transports, elle a contribué à donner un message qui vaut pour le monde entier : nous devrons nous habituer à utiliser moins la voiture. Il serait dommage de revenir en arrière ».

 

François Hollande « responsable » de la colère et de la défiance de certains Français

En novembre dernier, des débordements orchestrés par des militants conduisent à l’annulation d’une conférence que François Hollande devait tenir à l’université de Lille. Il a regretté ce matin au micro de Guillaume Durand l’action « d’une toute petite minorité, pour qui le débat, c’est de l’empêcher ». Un fait, selon lui, à intégrer dans le contexte de violence (permanences de députés et du Premier ministre attaquées…) et de défiance à l’égard du politique que connait la France « depuis plusieurs décennies ».

 

 

« Le discours politique n’est pas toujours compris parce que les mots eux-mêmes ne signifient plus grand chose. Si la colère ne trouve jamais sa traduction dans un vote, et c’est le sens de la démocratie que de permettre que la frustration, la déception et la désillusion puissent être une espérance vers une alternance, cela peut se traduire par de la violence. » François Hollande ne nie pas son implication dans ce climat de désamour des Français pour le personnel politique. « Avoir été président, c’est avoir été responsable », avoue-t-il, se remémorant les manifestations organisées contre le Mariage pour tous en 2013.

 

Le 49.3 est « toujours un constat d’échec », pour François Hollande

Malgré les scandales et les polémiques, qui ont pour beaucoup d’observateurs entaché son mandat à l’image de l’affaire Léonarda, l’ancien président socialiste estime qu’il n’a pas manqué de stature. « Je pense au contraire que ce quinquennat a été celui de l’autorité. L’élément le plus lourd à porter, ce sont les attentats. S’il n’y avait pas eu une autorité, une autorité qui est aussi une humanité, le pays se serait divisé ». Interrogé sur l’utilisation par Edouard Philippe du 49.3 en premier lecture du texte de la réforme des retraites, François Hollande assure ne pas en avoir fait usage dans le même contexte sous son mandat.

 

à lire aussi

 

« J’ai utilisé le 49.3 dans 2 situations, où il n’y avait pas de majorité à l’Assemblée nationale. Cela a été douloureux de le faire et cela n’a pas forcément été compris et admis. Là, c’est un 49.3 qui est utilisé pour lever un obstruction ». Mais dans tous les cas, « c’est toujours un constat d’échec », a reconnu François Hollande, qui juge que le système de retraites par point repose sur « de bons principes » mais aurait « davantage divisé que convaincu ».

 

Le gouvernement serait « composé de personnalités sans autorité dans le pays »

Le texte aurait aussi mérité d’être davantage étudié au Parlement selon lui : « Sur certains textes, comme celui des retraites, qui est un fondement de notre pacte social, il y aurait un intérêt à prolonger le débat ». Ayant enregistré de nombreux records d’impopularité, François Hollande relativise et estime qu’elle est « le lot des présidents de la République ».

 

 

« Ce qui a changé, c’est qu’il y a une incompréhension entre une partie du pays et le président », condamné à cause des institutions de la Ve République à gouverner de façon solitaire. Une exigence, renforcée depuis l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron à ses yeux. Il « n’a pas de parti politique sur le territoire. Il a une majorité très large à l’Assemblée, mais qui est existante ». Il a aussi taclé « un gouvernement composé de personnalités » sans réelle « autorité dans le pays ». « Donc il est seul pour gouverner » alors qu’il enregistrerait « un niveau de distance et de détestation » vis-à-vis de ceux qui le contestent sans précédent.

 

 

Nicolas Gomont

 

Retrouvez les interviews politiques