Comment la Philharmonie de Paris va-t-elle organiser ses prochains concerts ?

La Philharmonie de Paris, fermée depuis le 9 mars, a déjà perdu plus de 12 millions d’euros pendant la crise due à la pandémie de coronavirus, prévoit d’organiser des concerts en version réduite, sans public dès la fin du mois de mai.

 

Des concerts en mode « dégradé » avec 13 musiciens maximum

C’est une salle de concerts dotée d’une des plus belles acoustiques au monde, mais réduite au silence depuis deux mois par le coronavirus. Des notes pourraient toutefois résonner de nouveau, et bientôt, à la Philharmonie de Paris. Dans le bâtiment moderne reconnaissable à sa coque métallique, on peut entendre une mouche voler: bureaux, salle d’exposition et ateliers d’enfants sont comme figés dans le temps, les plantes dans les halls depuis longtemps desséchées et une pile de courrier attend toujours ses destinataires confinés.

 

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Longeant les couloirs déserts, le directeur général Laurent Bayle fait partie d’une dizaine de personnes qui passent presque quotidiennement à la Philharmonie. Contre plus de 600 habituellement. « C’est triste », dit-il en contemplant les 2400 places vides. Mais une fois ce constat émis, il affirme vouloir, sauf contre-indication sanitaire, relancer progressivement l’activité alors que cinémas et salles de spectacles restent fermés en France et ne sont pas concernés pour l’heure par le début du déconfinement. « Vers la fin mai, nous allons tenter un ou deux concerts, avec pas plus de 13 musiciens sur scène, et sans public », indique Laurent Bayle. Des concerts en mode « dégradé » qui feront l’objet de captations.

 

La Philharmonie de Berlin a donné une version réduite de la 4e Symphonie de Mahler, avec 15 musiciens

En plein confinement, la prestigieuse Philharmonie de Berlin a été la première à tester ce modèle en jouant notamment une version réduite de la 4e Symphonie de Mahler, avec 15 musiciens (contre 95 pour la version symphonique). « Pour un musicien d’orchestre, jouer tout seul est une souffrance. Il faut redonner un signe de vie », assure Laurent Bayle.

 

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Le problème est clair: « un orchestre, c’est entre 70 et 100 musiciens sur une scène de 250 mètres carrés. C’est trop risqué ». Et des instruments comment le hautbois sont jugés « plus à risque » que le violon ou la contrebasse, en raison du souffle et donc des postillons émis par les musiciens. Or « la définition d’un orchestre symphonique (…) c’est les alliages sonores entre instruments à vents et à cordes; on ne peut pas réduire le répertoire symphonique aux seules cordes », précise le responsable.

 

« Siegfried Idyll » de Wagner parmi les premiers concerts proposés par la Philharmonie de Paris

Pour les premiers concerts, le violon solo de l’Orchestre de Paris Philippe Aïche lui a suggéré « Siegfried Idyll » de Richard Wagner, qui ne nécessite pas plus de 13 musiciens et où différents pupitres sont représentés. Un autre projet, initié par le violoniste Renaud Capuçon, est de réunir 23 solistes pour jouer « Les Métamorphoses » de Richard Strauss.

 

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« On ne veut pas inonder le web » d’œuvres déjà massivement disponibles grâce au streaming, selon Laurent Bayle. Il évoque également certaines œuvres ayant recours à la spatialisation, comme La Symphonie Fantastique d’Hector Berlioz, avec des musiciens placés aux quatre coins de la salle. Deuxième étape: en juin et juillet, la Philharmonie pourrait expérimenter avec sa salle modulable. Grâce à une technologie pointue, l’arrière-scène et les sièges du parterre peuvent « disparaître », multipliant la surface de la scène par cinq et permettant à plus d’instrumentistes de jouer, tout en restant à distance les uns des autres.

 

La Philharmonie de Paris pourrait faire appel à des artistes d’envergure installés dans la capitale

Le risque, note M. Bayle, est que « le musicien perde ses repères ». Et ce format est difficilement compatibles avec la présence du public car « avec les musiciens trop loin, le côté fusionnel du son va disparaître, on va entendre chaque instrument séparément« . Et quand le public sera ré-autorisé, peut-être en septembre, il risque d’être trop clairsemé. « L’âge médian en musique classique est au-dessus de 50 ans », rappelle le directeur général de l’institution.

 

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Et les quinquas et seniors sont à la fois les plus fidèles et « ceux qui achètent les places les plus chères ». Une refonte du programme de concerts classiques jusqu’à l’hiver pourrait être envisagée, en faisant appel à des artistes d’envergure installés à Paris, car la Philharmonie est normalement très dépendante d’invités régionaux et internationaux : 80% contre 20% joués par l’Orchestre de Paris, rattaché à la maison depuis 2019.

 

Déjà plus de 12 millions d’euros de perte pour la Philharmonie de Paris

Enfin, la situation financière est difficile. Une centaine de concerts ont déjà été annulés jusqu’en juillet, soit une perte de 12 millions d’euros. En parallèle, la direction prévoit d’économiser un million d’euros, mais l’activité de la billetterie (qui représente normalement 50% du budget de la Philharmonie) a subi un coup d’arrêt (-35% par rapport à la même période en 2019). Dans ces conditions, difficile de se relancer avec une jauge réduite, comme l’a préconisé récemment un virologue. Un public « mixte » avec des spectateurs dans la salle et d’autres regardant le concert chez eux à bas prix serait-il jouable ? « C’est compliqué mais c’est une des hypothèses », avance Laurent Bayle.

 

Philippe Gault (avec AFP)

 

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