Cancel Culture : Casse-Noisette, le ballet de Tchaïkovski, accusé de véhiculer des stéréotypes racistes

Crédit: Wikimedia Commons

Casse-Noisette est le ballet symbolique des fêtes de fin d’année, aussi bien au théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, où il fut créé, qu’aux États-Unis où la plupart des grandes compagnies le présentent à Noël. Mais, sous la pression des défenseurs de la diversité et de l’inclusion, le mythique ballet de Piotr Ilitch Tchaïkovski et Marius Petipa est désormais accusé de véhiculer des stéréotypes racistes. En Écosse, ce mois-ci, il a été considérablement amendé et le Staatsballett de Berlin a décidé de cesser de le programmer.

En 2019, le Staatsballett de Berlin avait été accusé de racisme par la danseuse Chloé Lopes Gomes

Alors que le Scottish Ballet va proposer Casse-Noisette à Edimbourg puis en tournée au Royaume-Uni à partir du 1er décembre, les responsables de la compagnie écossaise ont décidé, suite à la publication d’un article dans la presse locale, de “supprimer des éléments de caricatures qui véhiculent des stéréotypes racistes”. Ces modifications concernent notamment des tableaux du 2acte dans le royaume des délices où sont représentés (caricaturées ?) “différentes nationalités” : La Danse espagnole (le chocolat), La Danse arabe (le café) ou La Danse chinoise (le thé).

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À Berlin, la décision du Staatsballett est encore plus radicale. Sa directrice a décidé de retirer purement et simplement Casse-Noisette de sa programmation. Selon Christiane Theobald, “nous devons nous demander si des éléments de l’époque de la création posent problème”. Depuis 2 ans la  grande compagnie allemande est particulièrement attentive à la question de la diversité. Fin 2019 et début 2020, elle avait été secouée par les accusations de racisme dont elle avait fait l’objet de la part de la danseuse française Chloé Lopes Gomes. Une prudence et une sensibilité que certains jugent disproportionnées. Sur Twitter, la violoniste sino-canadienne Zhang-Zhang a réagi et écrit que “le véritable acte raciste c’est l’interdiction de ce ballet en notre nom !”.

Les personnages Ping, Pong et Pang de Turandot rebaptisés Jim, Bob et Bill

Casse-Noisette n’est pas la seule grande œuvre musicale classique ciblée par les tenants de la Cancel Culture. En 2014 et 2015, l’English National Opera (Londres) et le Metropolitan Opera (New York) avaient supprimé dans Otello l’utilisation du maquillage noir (blackface), auparavant utilisée pour le personnage principal qui est un Maure tel que l’avait imaginé William Shakespeare, l’inspirateur de l’opéra de Giuseppe Verdi. En 2019, c’est Turandot de Giacomo Puccini qui avait été visé par la Canadian Opera Company de Toronto (dirigée à l’époque par Alexander Neef). Sous la pression du metteur en scène et du comité pour “l’équité, la diversité et l’inclusion” les personnages Ping, Pong et Pang furent rebaptisés Jim, Bob et Bill.

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Dans le domaine de la danse, on se souvient qu’en 2015 Benjamin Millepied, directeur de la danse de l’Opéra de Paris, avait rebaptisé La Danse des négrillons de La Bayadère, le ballet de Marius Petipa, en Danse des enfants et avait refusé que les jeunes danseurs de l’école de ballet soient maquillés en noir. Cet épisode avait contribué à la crise qui a conduit à la démission du chorégraphe en 2016. Plus récemment, en 2020, Kader Belarbi, directeur du Ballet du Capitole de Toulouse, avait décidé que les Indiens, toujours dans La Bayadère, ne seraient pas maquillés en couleur sombre. Aux États-Unis, le chorégraphe sino-américain Phil Chan, dans sa réécriture du Corsaire, le ballet d’Adolphe Adam, avait remplacé l’intrigue du harem dans le 3acte par un concours de beauté.

Philippe Gault

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