Pour la 1ère fois en 138 ans d’existence, le Met Opera a proposé fin septembre l’œuvre d’un compositeur afro-américain. Une étape symbolique dans la prise de conscience sur la diversité par les États-Unis depuis l’affaire George Floyd en mai 2020 et l’ampleur du mouvement Black Lives Matter qui impactent toute la société américaine, y compris le milieu de la musique classique.
« On a dit aux musiciens noirs que dans le monde de l’opéra leurs influences musicales ne leur seraient d’aucune utilité »
Dans un entretien à CNN, le musicien et trompettiste Terence Blanchard, compositeur de Fire shut up in my bones que le Met Opera a proposé pour sa rentrée le 27 septembre, a déclaré qu’il n’avait jamais imaginé que son opéra, qui mêle classique, jazz, gospel, blues et R’n’B, serait joué un jour sur la prestigieuse scène du Met Opera, notamment parce que, selon lui « À la plupart des musiciens et chanteurs noirs qui ont grandi en interprétant du gospel, du blues ou du jazz, on a dit, quand ils sont arrivés dans le monde de l’opéra: ici vous n’utiliserez rien de tout cela. Pour eux, avoir la capacité d’apporter cette partie de leur vie musicale et leur identification à ce genre est un moment décisif ».
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Ce moment décisif, le concert du Met, marque une étape cruciale dans l’inclusion des œuvres de musiciens afro-américains qui s’est amplifiée dans le milieu musical aux États-Unis, notamment depuis l’affaire George Floyd (mai 2020) et le mouvement Black Lives Matter qu’elle a engendré. Depuis un an, en effet, de plus en plus de grands orchestres et de maisons d’opéra américains ont modifié leur programmation afin de proposer plus d’œuvres de compositeurs noirs ou d’une importance significative pour le public afro-américain.
Terence Blanchard : « Si nous continuons dans cette voie, l’avenir s’annonce radieux pour les jeunes compositeurs et musiciens noirs »
Le Chicago Symphony Orchestra a ainsi organisé des concerts mettant en vedette les compositeurs en résidence Jessie Montgomery, Elijah Daniel Smith et Adolphus Hailstork . Et l’Atlanta Symphony jouera en 2022 la musique du film Black Panther (2018) interprétée par le contrebassiste Xavier Foley. L’Orchestre de Philadelphie va bientôt présenter des compositions de Wynton Marsalis, Anthony Davis et Valerie Coleman et vient de sortir des enregistrements de deux symphonies de Florence Price, figure emblématique de la musique classique américaine.
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La compositrice et organiste de Little Rock fut la première femme noire à avoir une composition jouée par un grand orchestre (sa Symphonie en mi mineur fut créée par le Chicago Symphonie Orchestra en 1933). Pour Matias Tarnopolsky, le président du Philadephia Orchestra, interrogé par CNN, « Les œuvres de Florence Price ont la même place sur la scène de l’Orchestre de Philadelphie que les symphonies de Beethoven ou de Brahms « . Une prise de conscience et une politique d’inclusion ambitieuse qui font dire à Terence Blanchard : « Si nous continuons dans cette voie, l’avenir s’annonce radieux pour les jeunes compositeurs et musiciens noirs et très fructueux pour que différentes voix racontent des histoires qui peuvent être très convaincantes et intéressantes pour nous tous ».
Philippe Gault