Accident nucléaire de Fukushima : 9 ans après, où en est la décontamination ?

C’était le 11 mars 2011, il y a neuf ans jour pour jour. Un tsunami entraînait la fusion de 2 des 3 coeurs des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima. Depuis, les autorités japonaises se sont lancées dans une opération de décontamination des sols touchés par le panache des fumées radioactives, à l’approche des JO d’été de Tokyo.

 

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3/4 des zones impactées sont toujours polluées

L’opération a été gigantesque. Il a fallut sur une zone de 9.000 kilomètres carrés décaper les sols et retirer une couche superficielle d’une épaisseur de 5 cms, dans les champs, dans les villages… Cette première mondiale a révélé avec une certaine efficacité. « Cela a baissé très nettement le niveau de radioactivité des sols, explique Olivier Evrard, chercheur au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement et auteur d’une synthèse des publications scientifiques sur ces opérations de décontamination. On parle d’une baisse de l’ordre de 80%. Après, via les événements pluvieux et les phénomènes d’érosion, il peut y avoir une redistribution de la matière contaminée résiduelle que l’on retrouve notamment au niveau des forêts.

 

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«  Le problème qui demeure provient en effet des forêts, qui n’ont pas été décontaminées alors qu’elles représentent 3/4 du territoire impacté autour de la centrale. Car il aurait fallu couper les arbres et dépolluer le sol sur des zones pentues ; ce qui aurait entraîné son érosion. Mais cela pose aujourd’hui de gros problèmes. « En octobre dernier, il y a eu 2 typhons assez importants qui ont beaucoup arrosé la région de Fukushima. A cette occasion, il y a eu beaucoup de glissements de terrains en forêt. On a aussi noté des dépôts sur des parcelles qui avaient été décontaminées, car la rivière a débordé et y a déposé des sédiments. »

 

Des villages transformés en « cimetières des éléphants »

L’opération de nettoyage a coûté très cher, plus de 20 milliards de dollars. Elle a aussi généré des montagnes de déchets, soient 20 millions de mètres cubes de terres contaminées. C’est l’équivalent de 8.000 piscines olympiques. Ces tonnes de terre sont aujourd’hui stockées dans des centres à proximité de la centrale de Fukushima. L’objectif de ce déploiement de moyens était de permettre aux populations évacuées de revenir dans les 12 villages vidés de leurs habitants au printemps 2011. Seulement, ces habitants sont très peu revenus.

 

 

Sur les 2 villages les moins contaminés, 70% de la population est revenue. C’est moins de 50% dans 2 autres villages et dans les 8 autres, on est à moins de 20% . « On les a plus ou moins contraints au retour en leur offrant des appâts, en payant la rénovation totale de leur habitat et en coupant les aides au refuge, précise Cécile Asanuma-Brice du CNRS à Tokyo et qui dirige un programme de recherche franco-japonais sur les conséquences de la réouverture de la zone d’évacuation autour de la centrale. Ceux qui rentrent en général, ce sont des personnes âgées qui ont vécu toute leur vie là-bas et donc, cela devient un peu des cimetières des éléphants. »

 

La flamme olympique va passer par Fukushima pour les JO d’été

Les familles, elles, se sont installées ailleurs où elles ont refait leur vie. Impossible pour elles de revenir. Pourtant, le gouvernement mène une stratégie offensive en installant de nouvelles entreprises, en appelant la population à venir vivre dans ce territoire. Et puis, il y a les Jeux Olympiques, qui auront lieu à Tokyo cet été, sauf annulation liée au coronavirus. La flamme olympique doit justement passer par Fukushima, le 26 mars, et dans des territoires toujours contaminés.

 

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« Tout autour, c’est fermé. Les maisons sont inhabitées. On a pas le droit de s’arrêter là normalement. On a l’autorisation de passer sur ces routes uniquement quand on a un véhicule fermé, parce que les taux sont trop importants. Néanmoins, pour donner cette image d’un retour à la normal, le gouvernement a décidé de faire partir le relais de la flamme olympique en faisant courir les gens sur des parcours très limités ». Cécile Asanuma-Brice se rend tous les mois dans la région de Fukushima pour mener des interviews, dans le cadre d’un programme de recherches menées avec une vingtaine de collègues franco-japonais. Il devrait durer ecnore plusieurs années.

 

Baptiste Gaborit

 

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