Guerre en Iran : « Xi Jinping découvre que Donald Trump est peut-être beaucoup plus « chinois » qu’on ne l’a pensé » souligne Emmanuel Lincot

Crédits : Editions MkF

Alors que l’escalade militaire autour de l’Iran rebat les cartes en Asie de l’Ouest, la Chine se contente d’un appel au calme et d’un silence prudent. Invité de la matinale, Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS et co-directeur du programme Asie-Pacifique, décrypte les rapports de force régionaux et leurs répercussions sur les équilibres internationaux.

Face au conflit, la Chine joue une partition relativement modérée. Pour Emmanuel Lincot, c’est d’abord « un aveu de faiblesse » : Pékin ne dispose pas, ou ne veut pas mobiliser, de capacité de projection crédible dans le golfe arabo-persique. Mais l’enjeu est ailleurs : l’Iran est un partenaire central, industriel et commercial. « Quand vous allez en Iran, pratiquement tout est chinois », rappelle-t-il, citant le métro de Téhéran, des infrastructures et la présence de Sinopec.

Cette proximité s’est institutionnalisée avec les accords annoncés en 2021 pour 400 milliards de dollars, puis l’entrée de l’Iran dans l’Organisation de coopération de Shanghai en 2023. Emmnauel Lincot souligne aussi une dimension plus sombre : la répression de manifestations en Iran aurait été facilitée par une « cybersurveillance livrée clés en main » par la Chine.

Donald Trump, Xi Jinping et le pétrole : une pression qui dépasse l’Iran

La guerre a déjà des effets économiques, selon l’invité. Il évoque le risque de tensions sur l’approvisionnement : « Les pénuries de pétrole […] risquent d’aggraver, évidemment, les difficultés économiques chinoises », après les perturbations des flux vénézuéliens. Dans ce contexte, la rencontre annoncée entre Donald Trump et Xi Jinping, « dans dix jours », pourrait devenir un moment de marchandage : « Peut-être que là, il y aura un deal. »

L’hypothèse la plus sensible concerne Taïwan. Emmnauel Lincot cite un scénario qui circule : « On vous laisse le Moyen-Orient et en échange vous nous cédez Taïwan. » Il prévient toutefois : « On ne saurait se prononcer aujourd’hui sur la fiabilité même de cette hypothèse, mais c’est dans l’air. » Surtout, il relie les séquences Venezuela puis Iran à une logique d’ensemble : « On peut se demander si […] cela ne relève pas d’une seule et même stratégie : frapper avant tout la Chine. » Et d’enfoncer le clou avec une formule : « Xi Jinping découvre que Donald Trump est peut-être beaucoup plus “chinois” qu’on ne l’a pensé. »

Xi Jinping et les purges : « il y a de l’eau dans le gaz » sur Taïwan

Cette pression extérieure se combine à des fragilités internes. « Nombre de voyants sont au rouge », résume Emmnauel Lincot : vieillissement démographique, consommation freinée par une épargne de précaution, et climat politique durci par « les purges orchestrées par Xi Jinping » au sein du Parti comme de l’armée.

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Sur le plan militaire, la disparition du général Zhang, en charge du dossier taïwanais, est un signal : cela « risque de retarder des projets » et, « d’entre tous, l’invasion éventuelle de Taïwan ». Pour l’invité, l’argument anticorruption ne suffit pas : « Le fond du problème, c’est de la résistance contre Xi Jinping », sur la doctrine, la Russie et Taïwan. Il souligne : au moment même où s’ouvrent les « deux sessions », « il y a de l’eau dans le gaz ».

Daphnée Cataldo

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