Dissuasion nucléaire : « On est capable d’avoir un arsenal qui puisse dissuader l’ensemble de nos ennemis sur l’Europe » déclare Emmanuelle Galichet

Crédits : CNAM

Au lendemain de l’allocution d’Emmanuel Macron, mardi 3 mars, abordant la guerre en Iran après les frappes américano-israéliennes et ses répercussions régionales comme internationales, Emmanuelle Galichet, enseignante-chercheuse en sciences et technologies nucléaires au CNAM, était l’invitée de la matinale de Radio Classique pour faire le point sur le programme nucléaire iranien et éclairer quelques zones d’ombre.

Réagissant à la prise de parole du chef de l’État, Emmanuelle Galichet replace la dissuasion au cœur du récit national. « La dissuasion nucléaire est l’incarnation de la souveraineté nationale, et on a hérité ça du général de Gaulle », rappelle-t-elle, en insistant sur une définition concrète : « La souveraineté, ça veut dire : je protège mon peuple et mes intérêts. » Pour la chercheuse, le discours présidentiel a remis en scène une notion « qu’on avait un peu perdue », celle d’une cohésion démocratique articulée autour de la protection.

La question d’une protection élargie à l’échelle européenne, évoquée ces derniers jours, est jugée techniquement envisageable. Mais l’experte distingue nettement les plans. « Il y a deux piliers : la possibilité technologique, industrielle […] et la possibilité politique. » Sur le premier, elle se veut affirmative : la France est « capable d’avoir un arsenal qui puisse dissuader l’ensemble de nos ennemis pour l’Europe ». Sur le second, tout reste à bâtir : « Le mot-clé, c’est confiance entre les alliés », condition d’une coopération durable et d’un intérêt partagé pour la sécurité du continent.

Natanz, Ispahan : ce que les frappes israéliennes révèlent

Au cœur de l’escalade, l’enrichissement de l’uranium iranien. Qu’il manque « une semaine, un mois ou un an » pour atteindre un seuil critique, la question demeure, selon l’enseignante-chercheuse, structurellement ouverte « depuis quarante ans ». Emmanuelle Galichet rappelle surtout l’enjeu juridique : l’Iran a signé et ratifié le TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) et « n’avait pas le droit d’aller enrichir au-delà d’un usage civil ». Or, dit-elle, l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) disposait « au mois de juin 2025 [de] preuves techniques […] que l’Iran enrichissait […] au-delà de 60 % ».

Depuis les frappes, l’incertitude s’est accrue. L’AIEA, explique-t-elle, a « perdu la continuité de la connaissance » : accès refusé aux sites bombardés, inspections partielles ailleurs. Point le plus sensible : « les 440 kg d’uranium enrichi à 60 %, on ne sait pas où ils sont ». Les images satellites suggèrent une reconstruction à Ispahan et Natanz ; et les frappes « très précises » sur les accès souterrains de Natanz indiquent, selon elle, une connaissance fine des installations par Israël.

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Disposer de matière n’équivaut pas à disposer d’une arme opérationnelle. « Ça permet d’avoir la matière pour fabriquer une bombe », nuance-t-elle, rappelant les étapes de métallisation, d’assemblage et de vectorisation. En théorie, ces stocks pourraient représenter « une petite dizaine de bombes ». Enfin, même ciblés, les scientifiques ne suffisent pas à arrêter un programme : « Ce n’est pas parce qu’on détruit des installations industrielles qu’on détruit la connaissance », conclut-elle, soulignant la capacité de formation iranienne et la relève.

Daphnée Cataldo

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