La question iranienne est au cœur des préoccupations internationales. Face à l’impasse sur le programme nucléaire, une intervention militaire américaine est-elle envisageable ? Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères et invité de la matinale de Radio Classique ce jeudi, estime que cette option, bien que risquée, n’est pas impossible.
Donald Trump, face à l’Iran, se trouve à un carrefour décisif. Selon Hubert Védrine, l’ancien président américain vise soit un « engagement viable des Iraniens sur l’arrêt du programme nucléaire militaire », soit une action militaire ciblée. L’ancien ministre des Affaires étrangères souligne qu’en l’absence d’un accord sérieux, une frappe militaire deviendrait inévitable, mais serait « ponctuelle et sans rapport avec ce que demandent tous les manifestants ».
L’hypothèse d’un changement de régime en Iran est écartée par l’ancien ministre et co-auteur, avec Maurice Godelier, de l’ouvrage Après l’Occident (Perrin/Robert Laffont), et l’Atlas des Crises et des Conflits avec Pascal Boniface (Éditions Armand Colin). Il estime que cela mènerait à une « gigantesque guerre civile ». Les alliés arabes des États-Unis craignent le chaos et préfèrent un régime affaibli mais stable. Il ajoute que Donald Trump n’est « pas complètement aligné sur la rhétorique israélienne » et à relancer les Accords d’Abraham. Il estime que le milliardaire républicain est « très habile à présenter n’importe quel résultat comme un succès géant. »
Interrogé sur la fin des accords New START et le risque d’une nouvelle course aux armements, Hubert Védrine affirme que cette course est déjà d’actualité. Il y voit une conséquence du « ratage tragique de la relation avec la Russie après la fin de l’URSS », un point de vue partagé par des figures réalistes de la diplomatie américaine.
Zelensky est-il prêt à abandonner le Donbass, une question centrale pour Hubert Védrine
Abordant le sujet de la guerre en Ukraine, Hubert Védrine analyse l’avertissement du président Zelensky. Il souligne l’incapacité de Poutine à conquérir l’ensemble du Donbass après quatre ans de guerre. La question centrale des prochaines semaines sera de savoir si Volodymyr Zelensky est prêt à abandonner le Donbass, une décision qui dépendra des « garanties que les Américains donneraient à la coalition des volontaires » en cas de cessez-le-feu.
Concernant une paix russo-ukrainienne en 2026, il se montre sceptique quant à un « vrai accord signé », en raison d’un « désaccord trop grand » et de la position russe sur les russophones hors de ses frontières. Il imagine un « arrêt des combats » et un cessez-le-feu, potentiellement avec un système de garantie, mais ne voit pas comment un accord fondamental pourrait être atteint.
Entre « trumpisation » et révolution des mentalités en Europe
Lors d’un échange avec l’anthropologue Maurice Godelier, Hubert Védrine a dressé un constat sur l’avenir de l’Occident : leur analyse révèle que « l’Occident ne peut plus imposer ses valeurs. » Ils soulignent que l’approche « prosélyte » qui a longtemps caractérisé les sociétés occidentales, une volonté constante d’évangéliser, de coloniser, puis de « droit-de-l’hommiser tout le monde », a atteint ses limites. L’ancien ministre explique que cette incapacité à dicter les normes ne tient pas seulement à une résistance des nations non-occidentales, qui « ne veulent plus » se soumettre à cette influence, mais aussi à un affaiblissement intrinsèque de l’Occident, qui n’a « plus les moyens » d’exercer sa prépondérance d’antan. Ce constat cinglant appelle l’Europe à redéfinir son identité et son rôle dans un monde multipolaire en pleine mutation.
L’Europe est également confrontée à un choix crucial. Soit elle subit une « trumpisation », où « Trump réussit à imposer sa vision » sur les questions d’immigration et de « wokisme », ce qui pourrait mener à une Europe « ultra-conservatrice ». Soit l’Europe opère une « révolution des mentalités », devenant un « Danemark du monde, avec des valeurs positives, de l’écologie, une oasis ».
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Hubert Védrine imagine une Europe « redressée, offensive, optimiste, rayonnante par son exemple, mais pas prosélyte ». Il évoque également un scénario où il n’y aurait « plus d’Occident géopolitique », l’Amérique et l’Europe menant des vies séparées. Enfin, la désunion de l’Europe est une possibilité, des voix en Allemagne remettant en question la pérennité du système européen.
Daphnée Cataldo
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