Donald Trump a annoncé l’envoi de ses négociateurs à Moscou, après l’accord de l’Ukraine pour une trêve de 30 jours. La balle est désormais dans le camp du président russe, qui semble de son côté décidé à maintenir ses velléités belliqueuses. Ambassadeur de France en Russie de 2000 à 2003, Claude Blanchemaison était l’invité de David Abiker ce jeudi.
Alors que Ukrainiens et Américains se sont accordés en début de semaine sur un accord de cessez-le-feu, Vladimir Poutine s’est affiché en treillis sur le front de Koursk. Une image loin d’être anodine selon Claude Blanchemaison, qui y voit un signal envoyé par le président russe à Donald Trump.
L’objectif ? Montrer qu’il n’est pas prêt à un arrêt des combats : « Poutine est très rarement en uniforme militaire. Il fait très attention à sa sécurité personnelle et donc il ne va jamais sur le front. C’est un message qu’il envoie à Donald Trump, au lendemain de la réunion de Djeddah ».
L’Ukraine a obtenu le rétablissement de l’aide américaine
Le diplomate français se félicite de l’accord trouvé entre Américains et Ukrainiens, c’est même selon lui un modèle de négociation réussie par les envoyés de Volodymyr Zelensky, alors que la Russie semble opposée à tout accord. « Les Ukrainiens ont obtenu le rétablissement immédiat de l’aide américaine, et du renseignement américain, notamment satellitaire, avec comme contrepartie le consentement à l’idée d’une trêve de 30 jours. Zelensky savait pertinemment que Poutine refuserait une trêve sans condition ».
Le Kremlin exige en effet la capitulation ukrainienne : « Ces conditions, et l’image de Poutine en treillis signifient que [les autorités russes ne seront pas] sur la ligne d’un cessez-le-feu tant que leurs volontés ne seront pas respectées ». Parallèlement à cela, l’ancien ambassadeur de France en Russie perçoit une envie absolue de Vladimir Poutine d’obtenir « un sommet bilatéral » avec les Etats-Unis, une rencontre qui lui « restaurerait un statut international important et l’image de quelqu’un de fréquentable ». Pour cela, le maître du Kremlin serait « prêt à consentir quelque chose ».
Zelensky en passe de remporter son pari
À choisir, Vladimir Poutine voudrait-il poursuivre ses conquêtes ou regagner une respectabilité internationale ? Claude Blanchemaison, qui a côtoyé de près le président russe en tant qu’ambassadeur de France en Russie, répond que ce dernier est certainement « partagé ».
Ainsi, après sa confrontation du 28 février dernier avec Donald Trump à la Maison-Blanche, Volodymyr Zelensky a réussi à renverser la tendance, à ne plus apparaître comme étant le fauteur de guerre et à placer les présidents russe et américain dans une impasse selon Claude Blanchemaison.
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« Zelensky est en passe de gagner son pari puisque maintenant c’est Poutine qui, en refusant la trêve, va apparaître comme celui qui veut continuer à guerre, les tueries et l’éradication de l’identité ukrainienne. Il renverse ainsi les responsabilités aux yeux de tout le monde, et parie sur le fait que Monsieur Trump, étant quelqu’un qui n’aime pas qu’on lui résiste, va être très fâché par le refus de Poutine ». Le président américain a d’ailleurs déjà annoncé qu’il sanctionnerait la Russie en cas de blocage des accords du cessez-le-feu.
François Pares
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