Emmanuel Macron a annoncé hier un effort budgétaire important pour la défense, dans un contexte inédit de tension internationale. L’historien André Kaspi, spécialiste des Etats-Unis, était l’invité de Radio Classique ce jeudi pour livrer son analyse d’une situation préoccupante.
« C’est incontestable, la situation en Europe est particulièrement inquiétante », note l’invité de David Abiker. Trois ans après l’invasion russe en Ukraine, il pointe un risque marqué pour les pays à l’est de l’Europe, « les Etats Baltes, la Pologne, la Roumanie, qui sont plus ou moins dans le viseur de la Russie ».
« Je ne suis pas certain que ça menace directement la France, mais elle doit réagir face aux menaces russes », explique André Kaspi, estimant qu’Emmanuel Macron a bien fait de prononcer une allocution hier soir. « Alerter les Français sur cette nouvelle situation était nécessaire », approuve-t-il.
L’UE doit trouver les moyens de se défendre
En tant qu’historien, il note les différences de contexte, par rapport à celui de la guerre froide. « L’Union Soviétique avait une puissance militaire, idéologique, et des relais parmi les politiciens français. Aujourd’hui la Russie est dans une position moins forte ».
Cela étant dit, l’Union européenne doit maintenant trouver les moyens « par elle-même de se défendre », alors que les Etats-Unis rompent avec la tradition de soutien à l’Europe. « C’est ce qui crée le traumatisme et l’inquiétude », note André Kaspi.
Face à cela, Emmanuel Macron a employé le bon ton, poursuit-il : « il dit qu’il faut réagir fortement, ne pas pleurnicher, et prendre les choses en main. Il faut faire en sorte que l’Union européenne prenne sa propre défense ».
Un changement de ton sur Taïwan ?
Il rappelle d’ailleurs que « dans l’Histoire, les Etats-Unis ne sont jamais tout à fait prêts à venir soutenir l’Europe, ils finissent par le faire ». Aujourd’hui « la priorité des priorités » pour Trump est de réagir contre la Chine : « beaucoup de ses décisions reposent là-dessus », indique André Kaspi. L’historien prédit des « évènements importants », notamment s’agissant de Taïwan, menacé par l’invasion chinoise : « Les Etats-Unis vont-ils défendre l’île dans n’importe quelle circonstance ? »
« Peut-on alors parler de révolution aux Etats-Unis ? », interroge David Abiker. Car derrière la figure tutélaire de Donald Trump, il y a désormais son vice-président JD Vance, qui préfigure déjà une succession possible au milliardaire. Il s’est distingué vendredi dernier en n’hésitant pas à tancer le président ukrainien Volodymyr Zelensky à la Maison-Blanche, lors d’un entretien qui devrait rester dans l’histoire comme un point de tension spectaculaire. « Il a beaucoup parlé, reproché à Zelensky d’être ingrat », décrit l’historien, « il a fait le travail pour Trump, et pour lui ».
JD Vance a déjà comparé Trump à Hitler
« JD Vance représente cette nouveauté chez les Républicains d’un parti qui n’est plus celui de Reagan, mais qui se tourne vers la défense de la famille et le protectionnisme », explique André Kaspi. Il brosse le portrait d’un vice-président américain qui a fait volte-face ces dernières années, avec sa « conversion d’abord au catholicisme, il est très pratiquant, et conversion au trumpisme », poursuit-il, rappelant que JD Vance, qui a voté en 2016 pour Hillary Clinton, avait déclaré lors du premier mandat de Donald Trump qu’il était « le Hitler des Etats-Unis ».
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Aujourd’hui, il considère le président comme « le sauveur des Etats-Unis [et le défenseur] des valeurs familiales et patriotiques ». De là à s’imaginer comme un successeur de Donald Trump ? « Il est évident qu’il est en train de préparer sa candidature, et qu’il sera candidat à la présidence » conclut André Kaspi.
Béatrice Mouedine
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