Comment la France va-t-elle se positionner dans ce contexte inédit de tension internationale ? Emmanuel Macron répondra – au moins partiellement – à cette question lors de son allocution à 20h, avant un sommet européen extraordinaire. Le général Jean-Marc Duquesne était l’invité des Voix de l’économie ce mercredi pour évoquer les capacités militaires françaises.
La France et l’Union européenne sont entrées « dans une économie de guerre » en juin 2022, c’est du moins ce qu’avait déclaré Emmanuel Macron quatre mois après l’invasion russe en Ukraine. Presque deux ans après, le général Jean-Marc Duquesne, délégué général du GICAT, le Groupement des Industries de Défense et de Sécurité Terrestres et Aéroterrestres, salue le « choc salutaire » insufflé alors par le président de la République. Ces propos « ont permis à l’Etat et aux industriels de se réunir autour de la table, et de réfléchir à produire plus [de matériel militaire], plus vite et en masse ».
A ce moment-là, poursuit l’invité de Stéphane Pedrazzi, le budget était « contraint ». Aujourd’hui l’objectif affiché est de porter le portefeuille de la défense à 3,5% du PIB. Un but « ambitieux et souhaitable » vu la conjoncture annuelle, souffle le général.
Une accélération sur la production des canons CAESAR
Pour autant, est-on réellement dans une « économie de guerre » ? « Disons que pour l’instant, nous sommes dans une économie de préparation à la guerre », nuance le délégué général du GICAT. Il souligne toutefois les accélérations depuis deux ans, avec des exemples très concrets, citant les canons CAESAR fournis aux Ukrainiens, et fabriqués par la société française KNDS : « en 2022, elle en produisait deux par mois, et il fallait 30 mois pour les produire. En 2025, elle en produira 8 par mois, et il ne faudra plus que 15 mois pour les produire ».
Si malgré tout, la France et l’Union européenne sont à la traîne en matière de production d’armement, c’est avant tout « parce qu’on paye les trente ans de protection américaine, et les dividendes de la paix », explique le général Duquesne. « Nous sommes restés dans une économie de flux, et pas de stock ».
Faut-il continuer à acheter du matériel militaire non-européen ?
Il note d’ailleurs que ceux qui ont pu fournir rapidement des armes aux Ukrainiens « sont les pays qui ont une économie de guerre, comme la Corée du Sud et Israël, et ceux qui ont un marché interne énorme comme les Etats-Unis ».
A lire aussi
Alors que les Américains comptent se désengager militairement de l’Europe, à quoi va ressembler notre défense, alors que 70% du matériel acheté depuis 2022 est non-européen ? « Il est possible, voire probable, que nous devions continuer à acheter du matériel non-européen », répond Jean-Marc Duquesne. « L’enjeu est d’arriver, avec la notion d’industrie européenne de défense, à être autonome sur les matériels dont nous avons besoin ».
Béatrice Mouedine
Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale