Défense : « Jamais je n’ai senti une telle volonté européenne », déclare le gouverneur de la Banque de France

ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Alors que la Banque Centrale Européenne a baissé une nouvelle fois son principal taux directeur de 0,25 point. Une diminution dont s’est félicité le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, invité de Radio Classique ce jeud. 

Avec cette sixième baisse consécutive, le taux d’intérêt européen est bien en-deçà des indices américains et britanniques : « nous avons baissé les taux à 2,5%, c’est beaucoup moins que les États-Unis qui sont à 4,25 ou même que l’Angleterre qui est à 4,5 » précise François Villeroy de Galhau, qui estime que la bataille de l’inflation est en passe d’être remportée en Europe. « Alors que l’inflation en France et en Europe, début 2023, était à plus de 7% en France, et plus de 10% en Europe, nous sommes aujourd’hui revenus à 2,4% pour l’Europe et c’est même beaucoup moins en France ».

Une baisse de l’inflation qui entraîne des effets positifs sur le pouvoir d’achat des ménages, « cela devrait entraîner progressivement la reprise de la consommation » espère le haut fonctionnaire. Parmi les principaux impacts encourageants de cette diminution des taux : une relance des emprunts immobiliers. « Les Français ont recommencé à emprunter. Les taux sont stables autour de 3,3% en moyenne, c’est beaucoup moins qu’il y a un an, où on était presque à 4,2% en moyenne. Les acteurs du crédit immobilier ont beaucoup de signes positifs ».

François Villeroy de Galhau confiant dans la capacité européenne à faire face aux défis

Face à une actualité agitée et une conjoncture économique mondiale mouvementée, François Villeroy de Galhau insiste sur le cap clair du maintien d’une inflation à 2%, et plaide pour une feuille de route précise et millimétrée. Il affiche d’ailleurs sa confiance quant à la capacité européenne à faire face aux défis actuels, et aux autres puissances économiques : « Si l’arrivée de la nouvelle administration américaine peut avoir un effet positif, c’est de réveiller l’Europe. {…} Nous devons muscler l’Europe sur le plan économique et financier. L’Europe, prise ensemble, pèse autant que l’économie américaine. Quand elle le veut, elle le peut. S’il y a une vertu américaine que nous devons peut-être trouver, c’est la confiance en nous-mêmes et la force d’âme ».

Il décrit d’ailleurs son sentiment lors du grand rendez-vous de la BCE, hier à Francfort, auprès de ses homologues européens : « Jamais je n’ai senti une telle volonté européenne ».

François Villeroy de Galhau plaide d’ailleurs pour une meilleure coopération au sein de l’Union européenne : « on a trop d’industriels séparés et nationaux. {…} Nous devons fournir un effort de défense, raison de plus d’être très sérieux sur les autres dépenses publiques. Il faut viser là-dessus au moins leur stabilité en volume, c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation ».

« Le protectionnisme affaiblit les pays qui le pratiquent »

Il s’oppose néanmoins à des coupes agressives façon Elon Musk ou Javier Milei : « Il faut que nous ayons une volonté de retrouver la maîtrise de notre dette comme la maîtrise de façon générale de notre économie et de notre défense. Mais la volonté, ça ne veut pas dire forcément la brutalité, ça peut se passer dans un effort juste et partagé. {…} Je crois que si on se met autour d’une table dans le dialogue, nous trouverons les solutions ».

A lire aussi

 

Il met également en garde contre les tentations protectionnistes, préférant le partage à l’isolement économique : « Le protectionnisme affaiblit les pays qui le pratiquent. {…} L’enrichissement collectif, le commerce, c’est qu’on échange des idées, des talents, des produits. Il est très important de se battre contre ces politiques américaines incohérentes qui risquent d’attaquer la croissance américaine d’abord, mais aussi la croissance mondiale ».

François Pares

 

 

Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale