Un Nord-coréen exécuté en public pour avoir écouté de la K-pop, cette musique créée en Corée du Sud

EPN/Newscom/SIPA

En Corée du Nord, on apprend qu’un homme a été exécuté pour avoir écouté de la K-pop. Pourquoi cette musique, inventée en Corée du sud, est-elle si insupportable pour le régime de Kim Jong-un ?

C’est le Rapport sur les droits humains en Corée du Nord, publié par les autorités de Corée du Sud, qui nous apprend avec retard qu’en 2022 un homme, ouvrier agricole de profession, a été exécuté en Corée du Nord pour le simple fait d’avoir écouté et diffusé de la K-pop. Aussi invraisemblable que puisse paraître cette information, elle est étayée par des détails très précis. Les faits sont confirmés par 649 témoignages différents émanant de réfugiés nord-coréens dûment interrogés, leurs récits ayant été méthodiquement recoupés.

L’homme aurait commis le crime d’écouter près de 70 titres de K-pop et, circonstance aggravante, il aurait aussi visionné trois films sud-coréens. En Corée du Nord, une loi datant de 2020 interdit catégoriquement « l’idéologie et la culture réactionnaires », ce qui inclut la musique, toute autre forme d’expression culturelle ou artistique, ainsi que le vocabulaire employé au quotidien. Ainsi, il est interdit d’appeler son père « papa », appa en coréen, expression bourgeoise, passéiste et écœurante d’affection ; il faut froidement appeler son géniteur « père », abeoji en coréen, parce que c’est là sa fonction sociale. Un point c’est tout.

Un genre musical qui se diffuse en Corée du Nord

Il faut d’abord voir dans ce durcissement croissant du régime un signe d’inquiétude de la part d’une dictature qui ne résisterait pas longtemps à l’ouverture des frontières ; d’où le serrage de vis permanent. Ensuite, différentes sources d’information confirment que la culture sud-coréenne se diffuse à un rythme extrêmement rapide en Corée du Nord.

Enfin il faut se demander ce que cette musique contient de si subversif aux yeux du régime de Kim Jong-un. La K-pop est née dans les années 1990 de la propre démocratisation de la Corée du sud. C’est une création typiquement coréenne qui propose une fusion de plusieurs genres : rock, hip-hop et techno. Les critères générationnels sont abolis, puisque ce sont souvent des ados qui chantent, les corps se contorsionnent et se désarticulent, à l’inverse complet des défilés militaires de Pyongyang.

Poutine a offert un Kim Jong-un une voiture en partie fabriquée… en Corée du Sud

Le renouveau des alliances stratégiques a indiscutablement un effet. Pyongyang surmultiplie les provocations à l’égard du sud depuis le début de la guerre d’Ukraine, en 2022. L’appui apporté par Kim Jong-un à Vladimir Poutine se précise de mois en mois, et pas seulement par le tir de nouveaux missiles balistiques. Kim Jong-un vient de décider d’envoyer 4 brigades du génie en Ukraine, officiellement pour aider à la reconstruction de la région de Donetsk, ce qui ne trompe personne.

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Mais l’ironie menace à tout instant le régime de Kim Jong-un. En voici un exemple tout récent. Il y a près de trois semaines, lors de sa visite en Corée du Nord, Vladimir Poutine a offert au tyran nord-coréen le fleuron de l’industrie automobile russe, une Aurus Senat, pesant 3,1 tonnes et dotée de 600 chevaux. Mais il se révèle que cette Rolls Royce des autocrates recèle des pièces de carrosserie, des capteurs, des commandes programmables et des interrupteurs importés par la Russie et fabriqués en Corée du sud. C’est vraiment pas de chance.

Christian Makarian

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