« On a commencé ensemble, je continue seul » : Le témoignage d’un ami proche d’Alexei Navalny, libéré en août

Markus Schreiber/AP/SIPA

Ce devait être sa biographie, c’est devenu son testament. Les mémoires d’Alexeï Navalny sont publiées aujourd’hui, en sortie internationale. Patriote (ed. Robert Laffont), c’est le nom du livre de l’opposant n°1 à Vladimir Poutine, mort – dans des circonstances troubles – dans une colonie pénitentiaire en Arctique. 

Le livre d’Alexeï Navalny est interdit en Russie et en Biélorussie, mais ses mots et son héritage portent toute une génération de dissidents russes. « J’ai toujours su que je serai enfermé à vie. Jusqu’à la fin de ma vie, ou de celle du régime » confesse dans l’un de ses derniers écrits l’opposant. À grand renfort de références à la pop culture et avec un humour désarçonnant, il raconte son parcours, ses convictions et puis sa vie dans les geôles russes, entre la maladie et le maintien en cellule d’isolement.

Comme s’il était conscient d’écrire un testament, il enjoint ses amis dissidents à poursuivre le combat. Parmi eux, Ilya Yashin. Cet opposant russe de 41 ans a été libéré en août dernier lors d’un échange de prisonniers. « Quand j’ai appris la mort de Navalny, j’ai pensé que je serai le prochain. Parce que quand vous êtes en prison, votre vie est entre les mains de Vladimir Poutine. Avec Navalny, on a été des amis proches pendant plus de 20 ans. On a commencé ensemble notre engagement politique, je continue désormais ce chemin seul ».

Les opposants d’aujourd’hui reconstruiront la Russie de demain

Exilé à Berlin, Ilya Yashin reste proche de l’épouse d’Alexeï Navalny et de nombreux autres dissidents dispersés dans toute l’Europe. La relève est là pour Marie Mendras, politologue spécialiste de la Russie : « leur rôle sera très important quand la ‘dictature Poutine’ sera tombée et sera défaite militairement en Ukraine ». Ils pourront préparer la reconstruction institutionnelle, sociale et économique de la Russie, poursuit-elle.

Plus 1300 prisonniers politiques restent enfermés dans les geôles russes, d’autres ont dû s’exiler. C’est le cas de Tatiana Chernikova. Cette défenseure des droits est exilée en France depuis 18 mois, mais continue de travailler pour l’ONG Mémorial, qui a obtenu le prix Nobel de la Paix en 2022.

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« Navalny croyait que la Russie pouvait être un pays libre et démocratique, respectant les droits de l’Homme. C’était un vrai patriote. Ce n’est pas pour rien que son livre s’appelle comme ça. Être patriote, ce n’est pas [brandir] des armes ou menacer les voisins, mais croire en son pays […] et quand il le faut, critiquer le pouvoir ».

Laurie-Anne Toulemont

 

 

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