Le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a été tué samedi dans son bunker. Le géographe et spécialiste de l’Iran et du Proche-Orient Bernard Hourcade, directeur de recherche émérite au CNRS, écarte l’idée que l’Iran, soutien du Hezbollah, soit tenté par une escalade des violences.
L’Iran en première ligne pour venger la mort de Nasrallah ? C’est plutôt le contraire, selon Bernard Hourcade, invité de David Abiker dans la matinale Radio Classique ce lundi. Pour Téhéran, « le Hezbollah, c’est une vieille histoire », résume-t-il. Certes, le mouvement chiite a été un fidèle allié de l’Iran, mais les mollah sont aujourd’hui dos au mur, avec « une crise économique gigantesque, la révolte des jeunes femmes et un [chaos] politique ».
Le géographe soutient que pour l’Iran « un tournant » est déjà engagé, « que la guerre rend un peu irrationnel et dramatique ». Il décrit un pays qui continue de soutenir pour la forme le Liban et les Palestiniens, mais pour qui « la priorité, c’est l’Iran ». D’ailleurs, il estime que la mort de Nasrallah ne signe pas la fin du Hezbollah : « ce n’est pas une milice, c’est une force sociale, avec des hôpitaux, des écoles, des crèches, du soutien familial ».
L’Iran veut apparaître comme une grande puissance dans la région
Bernard Hourcade détaille ce détachement entre Téhéran et le mouvement islamiste : « L’Iran a une vision stratégique et l’ambition d’être une puissance régionale forte. Ce qui se passe à Gaza et au Liban, c’est une page qui se tourne ». Le pays a en effet l’intention d’entrer dans la cour des grands et de faire passer le message que pour obtenir une paix durable dans la région, il faut impérativement que l’Iran soit autour de la table.
N’ayant pas les moyens militaires de lutter contre Israël, l’Iran mise sur une victoire politique. L’objectif pour les Iraniens est de remplacer Israël comme centre politique du Moyen-Orient.
A lire aussi
Dans ces conditions, l’idée d’un embrasement du Moyen-Orient n’est pas très crédible, selon Bernard Hourcade. « L’Iran n’est pas géré par des fous. [Les mollah] savent très bien qu’une guerre serait suicidaire ». « Aujourd’hui il n’y a pas d’escalade parce que les Iraniens n’ont pas envie d’escalade. Ils n’ont pas envie de se faire tuer pour le Liban ou pour la Palestine », conclut-il.
Béatrice Mouedine
Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale