« On leur promet qu’ils n’iront pas au front » : L’armée russe propose des primes juteuses aux futurs soldats, à quel prix ?

Grigory Sysoev/SPUTNIK/SIPA

Vladimir Poutine vient de signer un décret qui ordonne une hausse de 15% des effectifs de l’armée, pour faire face à l’offensive menée par l’Ukraine contre la Russie depuis l’été. Nombre de ses soldats sont enrôlés d’office, d’autres sont volontaires, attirés par la juteuse prime qui y est attachée. Mais à quel prix ?

L’objectif du Maître du Kremlin est d’atteindre 1,5M de soldats, soit la deuxième plus grande armée au monde après la Chine, et il compte sur l’argent pour appâter les futurs soldats. A Moscou, vous touchez 20.000 euros de prime si vous signez un contrat avec l’armée, contre 2.000 euros au début de l’invasion de l’Ukraine. Le bonus, qui dépend des régions, augmente à mesure que la guerre dure, un pactole qui attire les Russes les plus pauvres de la fédération.

Dimitri Tretchianin enquête sur le sujet pour le journal indépendant Mediazona, il explique ce que cela peut représenter pour une partie de la population : « Pour les hommes dans la quarantaine, c’est une porte de sortie, un espoir de régler toutes leurs dettes ou pour les divorcés, de payer les pensions alimentaires ». 

Des contrats sans date d’échéance

Mais les clauses du contrat sont floues, explique Grigory Sverdlin, fondateur d’un réseau d’activistes qui aide les soldats à fuir le front et la mobilisation. « Chaque jour, on a 70 à 80 appels à l’aide, notamment de gens qui ont été trompés pour signer ces contrats. On leur a promis qu’ils ne seraient pas envoyés sur le front, mais qu’ils seraient cuisiniers, chauffeurs ou informaticiens. En réalité, le ministère de la Défense les envoie où il veut et tous les contrats n’ont aucune date d’échéance ».

Selon l’activiste, l’armée russe serait composée à 40% de volontaires envoyés sur le front après un entraînement rudimentaire, et avec des armes et un encadrement médiocre. Ces soldats sont destinés à devenir de la chair à canon selon Dimitri Trechianin : « La majorité de ceux qui signent ces contrats finissent dans les unités d’assaut. Leur espérance de vie est de 3, 4 batailles. Au bout trois ou cinq semaines, c’est l’hôpital ou la tombe ».

A lire aussi

 

Là encore, pour attirer les volontaires désespérés, l’armée offre une prime supplémentaire. Alexeï Shansky, analyste pour le réseau d’observation de l’armée russe « Conflict intelligence team », rapporte qu’il y a une « compensation » pour la famille, en cas de mort du soldat, d’un montant de près de 49.000 euros. Faute de volontaires suffisants pour remplir les rangs, les ONG russes craignent une nouvelle vague de mobilisation cet automne.

Laurie-Anne Toulemont

 

Ecoutez le reportage de Laurie-Anne Toulemont :

 

 

Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale