Les Islandais s’exprimeront le 29 août sur leur relation avec l’Union Européenne. Ils répondront à cette question, inscrite sur les bulletins : « L’Islande doit-elle reprendre les négociations d’adhésion avec l’Union européenne ? » Oui ou non. Une formulation simple pour une situation complexe.
Sur la question de l’adhésion à l’UE, l’Islande est coupée en deux. Les derniers sondages donnent 46 % pour, 46 % contre : autant dire 50/50. Près de Reykjavik, un ancien marin-pêcheur interrogé par The Times résume assez bien l’état d’esprit : « Tous les jours, je change d’avis. »
Ce débat est loin d’être nouveau. L’Islande avait déjà demandé à rejoindre l’UE en 2009, juste après l’effondrement spectaculaire de son système bancaire. Les négociations avaient été interrompues en 2013.
Paradoxalement, l’Islande est aujourd’hui extrêmement intégrée à l’Europe : elle appartient à Schengen et à l’Espace économique européen. Cela signifie que les entreprises islandaises ont accès au marché unique, mais les Islandais n’ont ni eurodéputés, ni vote au Conseil de l’UE. C’est l’un des arguments des partisans du « oui » : nous sommes déjà dans le système européen, mais sans être autour de la table.
La position stratégique de l’Islande était plutôt confortable… jusqu’à aujourd’hui
La question revient en force aujourd’hui, et pour le comprendre, il suffit de regarder la carte de visite géopolitique de l’Islande : 400 000 habitants, aucune armée permanente, entre le Groenland et les îles Britanniques, au milieu de l’une des routes stratégiques les plus importantes de l’Atlantique Nord. Cette zone porte un nom militaire : le GIUK Gap. C’est le passage que doivent emprunter notamment les bâtiments russes qui quittent l’Arctique pour rejoindre l’Atlantique.
Pendant des décennies, cette position stratégique était plutôt confortable. L’Islande est membre fondateur de l’OTAN et dispose depuis 1951 d’un accord de défense avec les États-Unis. Mais il y a désormais la guerre russe en Ukraine et surtout les déclarations répétées de Donald Trump sur le Groenland voisin.
Face aux grandes puissances, l’Islande s’interroge sur sa sécurité
Le ministre des Finances islandais reconnaît lui-même que cela a changé le calcul de son pays. Pour un petit État, dit-il en substance, le droit international et l’appartenance à des ensembles plus vastes constituent une protection, pas la force individuelle.
Les opposants lui répondent exactement l’inverse. Le Parti de l’indépendance rappelle que la sécurité militaire est assurée par l’OTAN et que « l’Union européenne n’est pas un bouclier magique ».
C’est finalement toute la question du scrutin : dans un monde de nouveau dominé par des grandes puissances faisant fi du droit, vaut-il mieux rester un petit État très autonome ou s’abriter davantage derrière un bloc de 450 millions d’habitants ?
Le vote des Islandais dépasse largement la question européenne
La raison qui empêche encore les Islandais de rejoindre l’Union est le poisson. Cela pourrait sembler anecdotique vu de Paris. Pas en Islande. En 2025, les produits de la mer représentaient encore près de 39 % des exportations islandaises de marchandises. Et surtout, la maîtrise des eaux territoriales appartient quasiment au récit national.
Dans les années 1950, 1960 et 1970, l’Islande a même mené les fameuses « guerres de la morue » contre le Royaume-Uni. Des garde-côtes islandais coupaient les filets des chalutiers britanniques. Londres envoyait des bâtiments de la Royal Navy. Des navires se percutaient en mer. Le conflit ne s’est terminé qu’en 1976, lorsque Londres a finalement accepté la zone de pêche islandaise de 200 miles.
Autrement dit, lorsque Bruxelles parle aujourd’hui de politique commune de la pêche, beaucoup d’Islandais n’entendent pas « réglementation européenne ». Ils entendent souveraineté. C’est probablement le dossier le plus difficile des futures négociations. La politique commune de la pêche ne fait d’ailleurs pas partie de l’accord actuel qui lie l’Islande au marché unique. Et la question est loin d’être réglée.
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Voilà pourquoi le scrutin du 29 août dépasse largement la question européenne. Pendant longtemps, l’Islande pensait pouvoir bénéficier du meilleur des deux mondes : la protection américaine, l’accès au marché européen et la souveraineté sur ses ressources.
Mais avec la guerre en Ukraine, les tensions dans l’Arctique et Donald Trump au Groenland, cet équilibre paraît beaucoup moins confortable. Finalement, ce sont les nouveaux rapports de force entre grandes puissances qui pourraient pousser ce petit pays à se rapprocher davantage de l’Europe. Comme l’écrit Halldór Laxness, prix Nobel de littérature islandais : « L’indépendance vaut mieux que la viande. » A méditer…
Lukas Aubin
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