Keiko Fujimori : le retour d’une dynastie au Pérou ?

Martin Mejia/AP/SIPA

La nouvelle présidente du Pérou, Keiko Fujimori, a été investie hier à la tête du pays. Fille d’Alberto Fujimori, ancien président du Pérou connu pour son coup d’État de 1992 qui lui avait permis de mettre en place un pouvoir autoritaire, elle souhaite rétablir une stabilité politique dans le pays et faire des États-Unis un allié. 

 

Cette arrivée au pouvoir est un moment historique pour le pays. À Lima, la capitale, Keiko Fujimori a reçu l’écharpe présidentielle devant le Congrès, vingt-six ans après la chute de son père, Alberto Fujimori. Elle devient la première femme élue à la présidence du Pérou.

Il lui aura fallu quatre campagnes pour y arriver : 2011, 2016, 2021, et 2026. Mais c’était de justesse, elle a remporté le second tour avec seulement 49 641 voix d’avance sur le candidat de gauche Roberto Sánchez.

Sur dix-huit millions de suffrages exprimés, l’écart atteint seulement 0,27 %. Son adversaire refuse toujours de reconnaître sa victoire.

Alberto Fujimori a marqué les esprits avec son système autoritaire

Keiko Fujimori n’est pourtant pas une nouvelle venue dans le paysage péruvien. À dix-neuf ans, elle était devenue la première dame après la séparation de ses parents en 1994.

Son père, président de 1990 à 2000, reste associé à deux choses : le redressement économique du pays, et surtout le coup d’État de 1992 qu’il avait lui-même fomenté, pour créer un système autoritaire marqué par la corruption et les violations des droits humains. Il avait par la suite passé seize ans en prison. Le fujimorisme repose donc sur cette double mémoire.

Pour ses partisans, on parlera d’efficacité économique et de restauration de l’ordre. Pour ses adversaires, d’autoritarisme et d’impunité.

Keiko Fujimori veut mettre fin à l’instabilité politique péruvienne

C’est tout le paradoxe : Keiko Fujimori incarne une rupture historique par son sexe, mais une profonde continuité par ses idées et son nom.

Son principal défi est de mettre fin à l’instabilité politique chronique du Pérou. 8 présidents et 21 premiers ministres se sont succédé au cours de la dernière décennie. Aucun chef de l’État n’a terminé un mandat complet depuis 2016.

Le Parlement est généralement morcelé et les présidents gouvernent sans majorité stable. Dans ce contexte, le Congrès a pris l’habitude d’utiliser la destitution comme une arme politique.

La nouvelle présidente souhaite rejoindre le Bouclier des Amériques, créé par Donald Trump

Keiko Fujimori part néanmoins avec un atout. Force populaire est le premier parti du nouveau Parlement et ses 22 sénateurs suffisent à bloquer une destitution, qui exige une majorité des deux tiers.

Mais elle ne contrôle aucune des deux chambres à elle seule. Pour gouverner, elle devra trouver des alliés et son avenir se jouera au Congrès. C’est là qu’elle devra trouver une majorité pour faire voter ses réformes et éviter la destitution.

C’est tout le paradoxe péruvien : la polarisation nourrit la demande d’un pouvoir fort, tout en empêchant les coalitions nécessaires pour gouverner.

Cette arrivée au pouvoir s’inscrit dans une tendance du retour de la droite dans plusieurs pays latino-américains

Il suffit de regarder une carte électorale. La victoire de Fujimori repose sur la capitale, Lima, et la diaspora, tandis que les régions rurales et andines ont largement choisi l’opposant Roberto Sánchez. Pour stabiliser le Pérou, elle devra donc réconcilier des territoires qui ne votent plus pour le même pays.

Son arrivée annonce également un virage géopolitique d’abord vers Washington. Keiko Fujimori a qualifié les États-Unis d’ « allié » et souhaite rejoindre le Bouclier des Amériques, l’initiative de Donald Trump contre les organisations criminelles transnationales.

Son choix de Carlos Espá comme ministre des Affaires étrangères renforce ce signal : le nouveau chef de la diplomatie a travaillé pendant quinze ans à l’ambassade américaine à Lima.

Pour la Maison-Blanche, le Pérou pourrait devenir un partenaire contre les trafics, mais aussi pour sécuriser les minerais stratégiques.

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Bien sûr, cette orientation accompagne le retour de la droite dans plusieurs pays latino-américains, de l’Argentine de Javier Milei au Chili de José Antonio Kast.

Elle ne signifie pourtant pas que Lima peut choisir Washington contre Pékin. La Chine reste le premier partenaire commercial du Pérou depuis plus d’une décennie.

Un exemple : l’entreprise publique chinoise Cosco contrôle 60 % de la société qui exploite le port de Chancay, la nouvelle porte maritime entre le Pérou et l’Asie.

De fait, Fujimori ne pourra se détourner ni de la Chine ni des États-Unis. Et donc tout l’enjeu est là. Pour elle, il s’agira de trouver un équilibre géopolitique entre les deux géants, car, même si elle regarde vers Washington d’un point de vue politique, l’économie péruvienne, elle, est déjà tournée vers la Chine.

Lukas Aubin

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