Sans surprise aucune, le président égyptien al-Sissi est proclamé officiellement vainqueur de l’élection présidentielle en Egypte. Mais son mandat risque de ne pas être une sinécure, entre l’inflation galopante et la crise de Gaza à ses portes.
Le maréchal Abdel Fattah al-Sissi repart pour un troisième mandat de six ans. Et, tant qu’à faire, il fait preuve d’humilité : cette fois-ci, il est plébiscité par 89,6 % des électeurs « seulement », alors qu’il avait dépassé les 96 % les deux fois précédentes, en 2013 et en 2018. On admire le talent.
Mais l’Egypte traverse une crise très grave. Son économie est traditionnellement fragile, car elle repose sur des sources de revenus elles-mêmes très fluctuantes.
Plus d’une personne sur trois en Egypte vit sous le seuil de pauvreté
D’abord, il faut compter sur les transferts de l’abondante diaspora égyptienne, constituée de plus de 10 millions de personnes : ces derniers ont représenté plus de 30 milliards de dollars en 2022.
Il y a ensuite les recettes du tourisme. Avant l’invasion de l’Ukraine, 30 à 40 % des contemplateurs des pyramides étaient russes ou ukrainiens. C’est terminé. Enfin, la guerre a fait exploser les prix du blé, des céréales et des oléagineux. Or l’Egypte importait chaque année 10 millions de tonnes de blé de Russie et d’Ukraine.
Résultat : l’inflation sévit comme jamais. Le prix des denrées alimentaires a doublé en moins d’un an. Plus du tiers de la population, qui s’élève à 106 millions d’habitants, vit en-dessous du seuil de pauvreté. La livre égyptienne a subi plusieurs dévaluations successives et la dette extérieure a triplé en 10 ans.
Un potentiel transfert des habitants de la bande de Gaza en Egypte
L’Egypte est, depuis des années, soutenue à bout de bras par les pays du Golfe, en particulier l’Arabie Saoudite, qui l’a mise sous perfusion. Or cette dépendance pèse sur les choix de politique extérieure de l’Egypte.
Le bureau du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a reconnu l’existence d’un « document de travail » des services de renseignements daté du 13 octobre, prévoyant le transfert des 2,3 millions d’habitants de la bande de Gaza dans le Sinaï égyptien.
Dans cette hypothèse, des villes permanentes y seraient construites grâce à un financement international auquel Israël apporterait sa contribution.
Accueillir en échange d’un soutien financier important ?
Abdel Fattah al-Sissi n’a cessé de rejeter cette idée durant toute la campagne présidentielle. Il a même proposé que les Palestiniens s’installent dans le désert israélien du Néguev le temps des combats, en sachant très bien que ce n’était pas une option acceptable pour Tel Aviv.
Mais toutes ces propositions pourraient bien n’être qu’une feinte pour dissimuler le fait qu’al-Sissi accepterait d’héberger des foules palestiniennes en échange d’un financement conséquent, fourni en partie par l’Arabie Saoudite.
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C’est au fond le schéma dessiné par Erdogan en Turquie lorsqu’il a ouvert les vannes aux réfugiés syriens en négociant un subventionnement substantiel – et reconductible – de l’Union européenne. La crise de Gaza n’a pas fini de justifier l’indignation, de part et d’autre.
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