Qui est Anna de Noailles, cette poétesse parisienne tombée dans l’oubli et qui a fasciné Proust et Rodin ?

MARY EVANS/SIPA

Elle aura fasciné les chroniqueurs, les peintres, les écrivains de son temps. « Je n’admire aucun écrivain plus qu’elle », écrira même Marcel Proust. Qui fut, derrières ses masques, la poétesse Anna de Noailles ?

Le 5 mai 1933, sur la façade de l’église de la Madeleine à Paris flottent d’épaisses tentures sombres. Des dizaines de bouquets printaniers ornent l’entrée, les marches et les colonnades, et le ciel est clair tandis que des milliers de badauds, vêtus de noir, se massent autour de la place. Sur le parvis, au cœur de la foule se trouve un cercueil sur lequel on distingue la cravate de commandeur de la Légion d’Honneur.

C’est celui d’Anna de Noailles, une des plus grandes poétesses de son temps. Sous les voilettes et les hauts de forme, on reconnait les personnalités les plus influentes de la Troisième République, alors à son apogée. Hommes politiques comme artistes sont venus lui rendre hommage, avec en tout pas moins de 10.000 personnes qui suivent le cortège funèbre.

Anna rencontre un grand succès critique

Anna Elisabeth est née le 15 novembre 1876 à Paris dans une famille d’aristocrates exilés. Fille d’un prince roumain et d’une mère grecque, elle dira cependant sa fierté d’être née à Paris et d’y avoir demeuré presque toute sa vie. Malgré une santé fragile, il y a quelque chose de bouillonnant chez cette adolescente, qui va traverser la vie avec impatience. « Ah ! Je voudrais être cent hommes » s’écrie la jeune fille en passant devant un cortège militaire aux Invalides.

L’enfant sage s’est transformée en princesse rebelle, et clame son amour pour les pauvres. Aux grands noms, Anna préfère les grands esprits. Au moment de l’Affaire Dreyfus, elle prend fait et cause pour l’officier accusé.

Elle inspire Rodin et van Dongen

Son premier recueil de poèmes publié en 1901, composé d’odes à la nature et à la vie, rencontre un grand succès auprès de la critique comme de la jeunesse de son époque. Surnommée « la Muse des jardins », elle reçoit les éloges de Léon Blum, Paul Valéry, Anatole France et le plus enthousiaste de tous, Marcel Proust. Elle crée ensuite la surprise et déroute ses admirateurs en publiant un roman, puis fait scandale en se déclarant « anarchiste selon l’Evangile » au cours d’une interview dans la presse.

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Source de fascination pour de nombreux artistes, elle pose notamment pour Rodin et entretient des liaisons amoureuses avec plusieurs de ses contemporains, dont Edmond Rostand et Maurice Chevalier – qu’elle effraie – et surtout avec l’écrivain Maurice Barrès. A l’approche de la cinquantaine, elle sera l’objet de critiques cruelles, notamment de la part de François Mauriac. Bien qu’ayant été élue à l’Académie Royale de Belgique, ayant reçu le grand prix de Littérature de l’Académie française et devenant la première femme Commandeur de la Légion d’Honneur, son visage s’effacera peu à peu de la mémoire collective.

Franck Ferrand vous raconte la vie de cette poétesse de talent :

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