Qui aurait pu imaginer un jour que le célèbre pianiste et compositeur hongrois Franz Liszt, dont le charisme et la virtuosité en concert déclenchèrent des mouvements d’hystérie collective parmi ses fans les plus dévoués, ait troqué son don d’ensorceler les foules pour se mettre au service de l’église ? C’est ce que nous allons voir dans cet article.
Dans une lettre adressée au chef d’orchestre et futur ex-beau-fils Hans von Bülow, le 28 avril 1865, Franz Liszt annonce qu’il a rejoint les ordres mineurs trois jours auparavant, arguant que « La signification qu’on doit y attribuer est bien plus celle d’une conséquence que d’un changement de ma vie, telle du moins qu’elle s’est dégagée ces dernières années ».
Adoptant désormais la tonsure et la soutane, Franz Liszt, alors âgé de 53 ans, se dit prêt à épouser une vie plus mystique et à relayer au second plan ce qui faisait jadis sa réputation de virtuose du clavier : « Mon nouveau titre d’Abbé, sans m’interdire absolument un genre de confectionnements musicaux, ne m’induit pourtant pas à m’y livrer avec inconsidération. D’ailleurs j’ai de quoi mieux employer mon temps qu’à transcrire, paraphraser et illustrer, et ne me passerai désormais cette récréation qu’à bon escient. »
Franz Liszt pense s’être détourné de la vraie musique
Qu’est-ce qui a pu motiver la super star du piano à rejoindre les ordres ? Une série d’errances marquée par des drames familiaux – la mort de son père, Adam Liszt – de déceptions amoureuses – son amour impossible avec son élève Caroline de Saint-Cricq, son récent mariage annulé avec la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein en octobre 1861 – cette impression d’avoir été tournée en bête de foire au cours de ses nombreuses tournées réalisées en Europe et de s’être détourné de la vraie musique.
Un chemin de croix dont les nombreuses bifurcations l’ont souvent mené sur les bancs de l’église, voulant d’une manière ou d’une autre, se mettre à son service : « Oui, Jésus crucifié, la folie de l’exaltation de la Croix, c’était là ma véritable vocation. Je l’ai ressenti jusqu’au plus profond du cœur dès l’âge de dix-sept ans, lorsque je demandais avec larmes et supplications qu’on me permît d’entrer au Séminaire de Paris, et que j’espérais qu’il me serait donné de vivre de la vie des Saints et peut-être de mourir de la mort des Martyrs. Il n’en a pas été ainsi hélas ! Mais non plus jamais, depuis, à travers les nombreuses fautes et erreurs que j’ai commises et dont j’ai une sincère repentance et contribution, la divine lumière de la Croix ne m’a été entièrement retirée » confie Liszt en 1860 dans son testament.
A lire aussi
Son ultime désillusion amoureuse avec la princesse de Sayn-Wittgenstein le poussera à rejoindre les ordres, pouvant ainsi se recentrer sur ce qu’il aime le plus : la composition. Ainsi se met-il à renouveler son répertoire en approfondissant davantage le registre sacré tout en continuant l’écriture d’œuvres profanes comme des études pour piano et œuvres pour piano seul – La lugubre Gondole, la suite de ses Mephisto-Valses – ainsi que des marches et des danses hongroises, et ce jusqu’à sa mort le 31 juillet 1886 à Bayreuth.
Clément Serrano
Pour en savoir plus sur Liszt