Vous êtes-vous déjà retrouvé en concert sur le point de vous évanouir face à votre idole ? Avez-vous déjà eu le souffle court à la simple évocation de son nom ? Vous est-il déjà arrivé d’avoir des palpitations et un besoin urgent de manifester votre joie par des cris spontanés lorsqu’il interprète le tube de votre vie ? Si vous répondez positivement à l’une de ces questions, c’est que vous souffrez sûrement de lisztomanie.
La lisztomanie peut se définir comme un phénomène propre aux salles de concerts, un engouement collectif et populaire autour d’un être démiurge dont le charisme et le magnétisme ensorcellent la foule, la rendant complétement hystérique.
Comme son nom le laisse à deviner, la lisztomanie tire son étymologie du pianiste et compositeur Franz Liszt. Un terme inventé de son vivant par le poète allemand Heinrich Heine en 1844 dans son écrit La Saison musicale de 1844, où l’auteur tient compte de l’aura exercé par Liszt dans les salles de concerts, notamment dans une série de concerts donnée par Liszt à Berlin, en 1841.
Liszt déclenche la frénésie du public
Mais ce que Heine croyait être une exception berlinoise fut en réalité une constance qui dépassait de loin les frontières allemandes. Ainsi livre-t-il dans Lutèce, le récit d’une représentation donnée par Liszt à Paris : « Et pourtant quel puissant effet, quelle émotion profonde a déjà été produite par sa simple apparition. On le reçut avec un tonnerre d’applaudissements. Des bouquets furent lancés à ses pieds. C’était un coup d’œil sublime que de voir le triomphateur, qui, avec une parfaite tranquillité d’âme, laissait pleuvoir sur lui les bouquets de fleurs, et qui à la fin, avec un gracieux sourire, tira d’un de ces bouquets un camélia rouge et l’attacha sur sa poitrine. »
À Londres, Berlioz observait déjà la même frénésie dans le public, publiant dans le Journal des Débats en 1840, un article élogieux à l’égard du pianiste hongrois : « Quant à Liszt, je ne sais trop comment vous peindre l’étonnement charmé de tout ce monde-là. Les amateurs et les artistes s’ébahissent de concert ; l’aiguille aimantée de la critique a dévié de dix minutes au moins. Le nord n’est plus le nord, l’enthousiasme méridional est dépassé ; enfin pour tout dire, un entrepreneur a engagé Liszt pour exploiter l’Angleterre, l’Ecosse et l’Irlande, moyennant la modique somme de douze mille francs par mois. »
Franz Liszt savait dialoguer avec les spectateurs
Seul à son clavier, Liszt avait la réputation d’être un homme-orchestre à lui tout seul, exécutant des œuvres dont la virtuosité technique impressionne tandis que la musicalité enivre. Il savait également dialoguer avec le public, montrer sa reconnaissance envers ce dernier et répondre à ses attentes quant au choix des œuvres exécutées. Une véritable rock star qui savait jouer avec son image et qui, fut, en ce sens, précurseur d’un certain culte de l’artiste.
A lire aussi
Une personnalité scénique haute en couleur dont la vie et le phénomène furent adaptés sur grand écran par le cinéaste anglais Ken Russell en 1975 avec, dans le rôle-titre, le chanteur emblématique du groupe de rock anglais The Who : Roger Daltrey. Le titre du film ? Lisztomania !
Clément Serrano
Pour en savoir plus sur Liszt