« Une baisse de dépenses publiques ne peut pas faire office de vision économique », critique le consultant Eric Delannoy

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Le fondateur du cabinet de conseil en stratégie Tenzing, Eric Delannoy, a plusieurs critiques à formuler à l’encontre de la politique budgétaire menée par le gouvernement sous l’égide de Bruno Le Maire. Il est l’invité de Radio Classique.

Les objectifs gouvernementaux de 10 milliards d’économies budgétaires pour 2024 et 20 milliards l’année suivante ne convainquent pas Eric Delannoy. « On n’a pas fixé le cap », estime-t-il. « Une baisse de dépenses publiques ne peut pas faire office de vision économique ».

Il regrette un argent distribué « à tout va » à travers plusieurs mesures récentes engendrant une augmentation de dépenses publiques, à propos desquelles il interroge : « fallait-il [les] faire pour tout le monde ? ». Pour l’entrepreneur, le bouclier tarifaire, la revalorisation des retraites ou la suppression de la taxe d’habitation sont autant de mesures pour lesquelles des politiques différenciées auraient du être appliquées car elles seraient « nécessaires » pour donner lieu à une « équité de traitement ».

L’Etat-providence est un « acquis culturel »

Il juge la politique budgétaire menée par Bruno Le Maire « incohérente », à plusieurs titres. « On a oublié l’esprit du macronisme de 2017 qui était construit sur une vision cohérente de la société : protéger les plus faibles et donner une capacité d’agir pour tous », soutient-il.

Le passage d’un Etat-providence à un « Etat protecteur », formule maniée par le ministre de l’Economie sans avoir été vraiment définie, « ne parle à personne », déplore également Eric Delannoy, pour qui l’Etat-providence « est un acquis culturel qui s’est construit progressivement depuis le Second Empire et parachevé après la Seconde Guerre mondiale », mais l’Etat-protecteur un simple « mantra politique qui va vers la dépense publique ».

Il faut plus d’investissement

Il désapprouve les attaques envers « ce qui fait la solidarité sociale », comme le Compte personnel de formation, l’assurance chômage ou encore les aides à l’apprentissage et rappelle l’ampleur des bénéfices de certaines entreprises du CAC40 ayant réalisé des scores record de plus de 150 milliards d’euros en 2023, soit des résultats en progression constante depuis plusieurs années.

Pour le fondateur de Tenzing, la solution pour rééquilibrer les dépenses publiques ne se trouve pas dans des mesures à court terme, mais dans l’investissement dans des changements plus durables. « Réussir à raboter tel poste budgétaire ne conduit à rien à long terme », affirme-t-il. Il souligne néanmoins l’existence d’un « paradoxe à assumer » derrière les politiques d’investissement, qui exigent d’« investir donc dépenser pour pouvoir baisser les dépenses publiques derrière ».

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La formation, par exemple celle des professeurs, serait un « vecteur d’économies à moyen terme », suggère Eric Delanoy, bien qu’elle engendre des coûts à court terme. Il faudrait donc « clarifier ce qu’est une dépense qu’on va raboter et ce qui est un investissement pour préparer l’avenir », juge-t-il. L’Education nationale, regrette-t-il par exemple, « a toujours été vue comme une dépense et jamais comme un investissement ».

Ella Couet

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