L’économiste Pierre-Noël Giraud publie le livre Du pain et des jeux. Une économie politique des usages du temps (Odile Jacob), dans lequel il s’interroge sur la manière dont les sociétés modernes permettent aux individus de répartir leur temps entre leurs différentes activités, et sur les évolutions souhaitables de cette répartition. Il était l’invité de Radio Classique ce mardi 9 avril.
« Le temps dont nous disposons, à la fois chaque jour et sur la durée de notre vie, est notre véritable et seule ressource rare », postule Pierre-Noël Giraud. Dans Du Pain et des Jeux, il analyse sous un prisme historique les différents usages qui en ont été faits. Car le temps de travail, le temps domestique ou le temps libre n’ont pas toujours été répartis de la même manière dans l’existence des individus. Lors du Paléolithique supérieur, ceux-ci n’auraient par exemple consacré que trois heures par jour au travail.
En s’appuyant sur ce constat, l’économiste s’est posé une question : « Que devrions-nous faire à l’avenir de notre temps ? ». Elle se poserait à la fois aux niveaux individuel et collectif, car la répartition du temps serait, selon Pierre-Noël Giraud, la clé pour « faire face aux grands défis » contemporains comme la préservation de l’environnement, la « révolution informatique » liée au développement de l’intelligence artificielle et la réduction des inégalités.
Le travail a peu de valeur intrinsèque pour les travailleurs
Les plus récentes évolutions technologiques comme l’intelligence artificielle devraient, pour le chercheur, « nous faire gagner beaucoup de temps dans certaines activités productives ». Il estime cependant qu’il ne faudrait pas « espérer une réduction du temps de travail » car il faudrait aussi « consacrer beaucoup de temps à d’autres activités productives qui sont de l’ordre du soin de la nature et des autres ».
Le temps de travail, qui a été divisé par deux entre le XXème et le XXIème siècle au point de ne représenter aujourd’hui « plus qu’une toute petite partie » de notre temps, « va cesser de décroitre si l’on prend au sérieux les défis qu’on a devant nous », estime Pierre-Noël Giraud. Mais il aurait peu de « valeur intrinsèque », c’est-à-dire de caractère enrichissant sur le plan moral pour celui qui réalise le travail. Pour l’économiste, il serait donc « important que l’on améliore la valeur intrinsèque qu’a le temps de travail ».
Revaloriser la société civile et le bénévolat
Il s’oppose à la création d’un revenu universel mais se dit favorable à un « revenu de base », revalorisé à un niveau qui permette de vivre « certes sobrement mais en travaillant quinze heures par semaine » et qui serait « conditionné à un usage de son temps collectivement utile ». Un tel revenu permettrait de « dissocier en partie la rémunération de ce que l’on fait » pour revaloriser le travail effectué par la société civile et le bénévolat.
Pour Pierre-Noël Giraud, la gestion du temps serait également cruciale pour faire face aux problèmes environnementaux. Il considère que la nature ne serait rare « que parce que nous n’y consacrons pas assez de temps » et appelle notamment à faire de la réduction des flux de déchets une « priorité absolue des politiques environnementales » grâce à la mise en place de normes très restrictives, car ceux-ci constituent selon lui la « source principale de la destruction de la nature ».
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« Nous n’avons pas de problème de ressources en amont », affirme-t-il. Les récents travaux scientifiques, notamment du ceux GIEC, ont pourtant permis d’établir que l’activité humaine consomme les ressources naturelles plus vite que la Terre ne peut les reconstituer, menant ainsi à leur épuisement, et que ce rythme accélère chaque année un peu plus. L’économiste précise cependant ne pas être « décroissant » et croire « absolument au progrès technique ».
Ella Couet
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