Lorsqu’on évoque le cinéma français et ses répliques culte, impossible de ne pas penser à Michel Audiard, réalisateur et dialoguiste génial. Chez lui, insulter est tout un art, une discipline littéraire à part entière.
Chez Michel Audiard, l’insulte n’est jamais gratuite. C’est un art oratoire, presque une discipline littéraire. Certaines d’entre elles sont devenues des citations immortelles, celles qu’on retrouve dans les papillotes ou les éphémérides. L’exemple le plus emblématique reste sans doute : « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. » On oublie la vulgarité des propos tant le diagnostic est juste.
Un vocabulaire d’une richesse insoupçonnée
Pour qualifier quelqu’un d’idiot, Audiard déploie un arsenal lexical stupéfiant : « analphabète à temps partiel », « imbécile heureux » ou encore « sous-doué de la réflexion ». Ce qui frappe, c’est l’élégance malgré la verdeur des propos, la recherche dans l’insulte.
Les personnages sont des voyous, des truands, mais ils parlent un français d’une grande richesse. Dans Les Tontons flingueurs par exemple, l’insulte est presque familiale. Elle permet de marquer son territoire linguistique. L’insulte vise moins à blesser qu’à faire mouche. On se fait insulter, mais avec style.
Un florilège inoubliable
Parmi les citations les plus mémorables :
« Heureux soient les fêlés car ils laisseront passer la lumière » – une phrase presque poétique.
« Quand on mettra les cons sur orbite, t’as pas fini de tourner. » Une expression prononcée par Jean Gabin dans Le Pacha, adressée à Robert Dalban.
« Je suis un ancien jeune » – tout est dit.
« Dans la vie, y a pas de grand, y a pas de petit. La bonne longueur pour les jambes, c’est quand les pieds touchent bien par terre » – de la pure poésie.
Et enfin, la favorite des réseaux sociaux : « Faut pas parler aux cons, ça les instruit. »
En somme, chez Audiard, l’insulte est un bijou de la langue française, taillé sur mesure et inoubliable. Un héritage linguistique qui continue d’irriguer notre culture populaire et de nous faire sourire par son intelligence mordante.
Injurier sans en avoir l’air : ces insultes oubliées de la langue française
Il existe aussi des termes désobligeants si métaphoriques ou si oubliés qu’on ne se rend pas forcément compte qu’il s’agit d’insultes. Voici comment rabrouer son prochain avec élégance et discrétion. L’expression « abatteur de quilles » possède plusieurs sens. Au sens propre, selon le dictionnaire de l’Académie française, elle désigne un homme adroit au jeu de quilles. Au sens figuré, elle peut qualifier un homme qui a fait de grandes choses. Mais c’est dans son emploi familier que le terme devient véritablement désobligeant : il désigne alors un homme qui se vante d’avoir fait ce qu’il n’a pas fait. Il serait tout juste bon à briller dans des choses futiles comme abattre des quilles. Selon le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, cette expression s’applique également à un homme qui se vante de ses prouesses amoureuses. Un parfait portrait du vantard doublé d’un mythomane.
« Se croire le premier moutardier du pape » : cette expression désigne le fait de faire son intéressant. Son origine remonte à Jean XXII, pape d’Avignon au XIVe siècle. Celui-ci aimait tant la moutarde qu’il aurait instauré une charge de premier moutardier. Son neveu aurait été le premier à exercer cette fonction, mais il prit ses responsabilités trop au sérieux et devint mégalomane. C’est ainsi que l’expression s’est mise à désigner quelqu’un d’imbu de lui-même. Une autre hypothèse évoque le fait que la moutarde était une denrée de luxe vendue très cher. La légende raconte que le pape Clément VII prêtait une attention particulière aux fabricants de moutarde. L’anecdote illustre également une forme de népotisme, la création d’un emploi fictif pour favoriser un proche.
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Gobeleter et godailler : l’ivresse en vocabulaire. Ces deux verbes désignent le fait de s’enivrer. Gobeleter est facile à comprendre puisqu’il vient de gobelet. Godailler provient quant à lui du nom godale, de l’anglais good ale, qui désigne une bière de qualité supérieure. Godailler, c’est donc abuser de cette bière et, par extension, se saouler.
Karine Dijoud
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