Bach au cinéma : Les 5 scènes de films les plus marquantes

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Référence incontournable de la musique baroque, l’œuvre du compositeur allemand Jean-Sébastien Bach (1685-1750) a été abondamment citée au cinéma, de Fantasia de Walt Disney (1940) à Seven de David Fincher (1995) en passant par Intouchables (2011). Voici cinq scènes devenues marquantes grâce à la musique de Bach.

 

La Suite pour orchestre n°3 pour accompagner Morgan Freeman dans Seven

Il n’est plus nécessaire de présenter la spiritualité de Jean-Sébastien Bach, luthérien affirmé. Une foi qui se ressent profondément dans sa musique. Qui de mieux pour accompagner le chef d’œuvre de David Fincher, Seven ? En effet, dans ce thriller, un tueur en série utilise les sept péchés capitaux comme motif de ses meurtres.

La Suite pour orchestre n°3 de Bach a ainsi sublimé une séquence décisive du film. Morgan Freeman y incarne un enquêteur du FBI, qui s’est rendu à la bibliothèque de la ville pour vérifier les registres d’emprunts.

 

Son calme et sa sagesse contrastent avec la monstruosité des photos des meurtres irrésolus. Cette séquence est un passage-clé du film où le meilleur de l’homme côtoie le pire. La connaissance permet de mieux comprendre le monde qui nous entoure. A l’instar d’un Morgan Freeman qui déchiffre une énigme inconcevable.

Les Variations Goldberg dans Le Silence des Agneaux (1991)

Que de complications ! Que d’émotions ! Que de dangers ! Les Variations Goldberg transcrivent à merveille la complexité du caractère d’Hannibal Lecter, interprété avec grande justesse par Anthony Hopkins dans Le Silence des Agneaux.

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La musique du Cantor de Leipzig incarne un moment de rupture et de contraste important dans une séquence devenue populaire. Alors que les deux gardes de la prison s’apprêtent à distribuer le repas au cannibale, la sensation affreuse d’un danger menaçant est introduite par Les Variations Goldberg.

Jonathan Demme réalise alors un plan rapproché sur Hannibal Lecter, avant de basculer dans une scène bientôt sanglante qui saisit le spectateur.

Composée en 1740, Les Variations Goldberg, à l’origine pour clavecin, a été citée de nombreuses fois au cinéma. Notamment dans Le Silence d’Ingmar Bergman (1963) mais aussi, dans Abattoir 5, pour introduire les nombreux retours dans le passé de Billy Pilgrim, un ancien soldat américain survivant des bombardements de Dresde en 1945 ou encore, plus récemment, dans Shame de Steve McQueen (2011).

Brigitte Bardot lassée par une Fugue de Bach dans La Vérité de Clouzot (1960)

Après cette scène monstrueuse et inquiétante, voici une séquence plus légère dans laquelle Bach est, malgré lui, pris sur un ton plus badin. Car loin de jouer un rôle primordial dans la compréhension de la scène, cette Fugue aide cette fois à renforcer l’effet comique de la séquence.

En plein renouveau baroque, les années 1960 ont permis de renouveler l’interprétation des œuvres de Bach. Et le film La Vérité sorti en 1960 et réalisé par Henri-Georges Clouzot n’échappe pas à cette mode. Le tête-à-tête romantique entre Dominique Marceau, interprétée par Brigitte Bardot, et Gilbert Tellier (Rémi Frey), son amant et chef d’orchestre en devenir, donne lieu à un dialogue plutôt cocasse.

Souhaitant lui faire découvrir la beauté de son auteur fétiche, Dominique ne montre que peu d’intérêt à la question de Gilbert : « Tu as vu, avec rien, ce qu’il [Bach] arrive à faire ? » Mais, d’un naturel débonnaire, la jeune femme séduisante préfère chercher un magazine. Sous un air faussement benêt, Brigitte Bardot endosse encore une fois le rôle d’une femme fatale et libérée dotée d’une franchise à toute épreuve.

Toccata et Fugue en ouverture de Rollerball (1975)

Composée entre 1703 et 1707, Toccata pour orgue en ré mineur BWV 565 est sans aucun doute l’œuvre de Bach la plus citée au cinéma : déjà, dans le générique du film Docteur Jekyll et M. Hyde par Rouben Mamoulian (1930), lors de la rencontre entre Marcello et le personnage Steiner dans La Dolce Vita de Federico Fellini (1960) ou encore par Brad Pitt dans The Tree of Life de Terrence Malick sorti en 2011.

Le choix du réalisateur Norman Jewison de jouer cette composition pour orgue lors de la première scène est plutôt judicieux. Dans un monde futuriste où les tous les hommes jouissent d’un confort matériel inégalé, Rollerball, un sport très violent, permet d’expier ses pulsions.

La gravité des sonorités de Bach pour présenter ces jeux futuristes procure une émotion angoissante. Le spectateur est pris de court et le thème du film est posé. Et si Rollerball fit sensation à sa sortie par sa violence inédite et son message, nul doute que cette première scène contribua à sa postérité.

La Passion selon Saint-Mathieu pour clôturer Le Sacrifice de Tarkovski (1986)

En guise d’épilogue de cet article, comment ne pas évoquer Andreï Tarkovski ? Considéré comme un des plus grands réalisateurs soviétiques, le cinéaste n’a jamais caché son admiration pour Jean-Sébastien Bach pour illustrer son « cinéma intellectuel », empreint de mysticisme, qu’il décrit dans son livre Le Temps Scellé (publié en 1986).

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Ainsi, c’est sur La Passion selon Saint-Jean qu’il décide de clôturer Le Miroir (1975). Choix qu’il réitèrera quelques années plus tard dans Le Sacrifice (1986), son ultime film. Hanté par la maladie et la mort imminente, le cinéaste dépeint une scène finale emplie d’émotions avec un enfant porteur d’espoirs, un père désormais absent et un arbre mort, le tout sur la Passion selon Saint-Mathieu.

Cette scène, sans grâce et sans liberté technique, résume le deuil de l’âme humaine pleurant, non sur la tombe d’un être aimé, mais sur l’innocence évanouie. Une scène qui résume finalement son œuvre, comme l’une des plus originales du cinéma au XXe siècle.

« La fonction de l’art… est de préparer l’homme à sa mort, de labourer et d’irriguer son âme, et de la rendre capable de se retourner vers le bien », résume-t-il dans son autobiographie.

Oscar Korbosli

 

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