Quelle partition tient Jean-Sébastien Bach dans son célèbre portrait ?

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Lorsqu’on pense à la personne de Bach, on pense généralement à son portrait le plus connu : celui du peintre Elias Gottlob Haussmann, exposé aux Archives Bach de Leipzig. Réalisé en 1748 – soit deux ans avant le décès du compositeur -, ce tableau représente un homme d’un âge avancé, coiffé d’une perruque. Sur son visage, un sourire discret qui pourrait laisser croire à une certaine jovialité. A la main droite, une partition manuscrite qui semble nous être tendue, comme une adresse portée à notre attention.  De quoi s’agit-il ?

En observant le tableau d’un peu plus près, on peut remarquer sur l’en-tête de la partition l’inscription suivante : « Canon triplex a 6V ». Nous avons ici le titre de l’œuvre : un canon écrit pour 6 voix, le principe du canon étant de jouer une même mélodie par plusieurs instruments ou voix, mais de manière décalée.

S’agissant ici d’un canon « triple », cela suppose qu’il y ait trois mélodies à jouer simultanément. Ce que confirme la partition, composée ici de trois portées, chaque portée correspondant à un motif à jouer. Quid des trois autres voix ? C’est ici qu’une réflexion s’impose.

Cette partition tendue, un défi lancé par Bach ?

En effet, il ne s’agirait pas seulement aux trois voix restantes de reproduire en différée les mélodies jouées par les trois premières voix, mais de les jouer en lisant la partition… à l’envers ! Ce qui permettrait d’avoir accès à l’œuvre dans son intégralité et de pouvoir admirer, à la manière d’un mécanisme d’horlogerie où le moindre rouage est savamment ordonné, son formidable agencement.

Avec un peu de recul, on pourrait croire que cette partition tendue par Bach est un défi qu’il nous lance : celui d’aller de l’autre côté du miroir – ou du tableau – pour résoudre l’énigme qu’il nous propose.

L’étude de la musique sous le prisme des mathématiques

Le choix du compositeur à figurer sur un tableau avec une « œuvre à clés » s’explique par l’adhésion de Bach à la Société Mizler en 1747, une société où l’on étudiait la musique sous le prisme des mathématiques : « Les conditions d’admission nécessitaient notamment que la personne concourante présente une ou plusieurs œuvres : Bach est admis avec le triple canon à six voix BWV 1076 et les Variations Canoniques pour orgue sur le choral Von Himmel hoch da komm’ ich her, BWV 769. Les membres s’engageaient également à faire produire pour la société leur portrait grandeur nature. » peut-on lire dans l’étude La symbolique des nombres dans l’œuvre de Bach menée par Esther Assuied.

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D’où le présent tableau réalisé par Haussmann où l’on peut voir le compositeur tenir fièrement dans la main une œuvre qui démontre tous ses talents d’architecte du son. Et pour celles et ceux qui se demandent à quoi pourrait ressembler cet air, voici une petite vidéo qui reprend pas à pas son exécution :

Clément Serrano

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