Musique classique : 5 fois où un concert a été brutalement interrompu à cause d’un portable

URS FLUEELER/AP/SIPA

Plusieurs grands musiciens, connus pour leur liberté de parole, n’ont pas hésité à dénoncer l’usage du téléphone portable en concert. Si certains spectateurs oublient de le mettre en mode « avion », d’autres le sortent carrément pour filmer la représentation ! Un smartphone a même déjà provoqué un accident. Voici 5 tristes exemples. 

« Je vous en prie, décrochez, nous reprendrons plus tard ». Le chef d’orchestre Riccardo Chailly a choisi l’humour grinçant, tandis que Yannick Nézet-Séguin, plus sanguin, s’est fâché tout rouge, se demandant si on pouvait vivre sans le téléphone « une p… d’heure ».

Si les artistes pop peuvent se permettre d’autoriser les spectateurs à utiliser leur portable, par exemple pour remplacer les briquets et créer une belle ambiance, il reste une vraie plaie pour les musiciens classiques. Plusieurs artistes connus ont décidé de parler haut et fort pour dénoncer l’attitude de certains spectateurs indélicats, qui gênent le reste du public.

Anne-Sophie Mutter : « Soit vous rangez votre téléphone, soit je m’en vais ! »

De retour au Music-Hall de Cincinnati en septembre 2019, après plusieurs années d’absence sur cette scène, la violoniste Anne-Sophie Mutter n’a pas goûté qu’une spectatrice du premier rang sorte son téléphone pour la filmer. En plein larghetto du Concerto en ré majeur pour violon de Beethoven, elle a arrêté de jouer et s’est adressée directement à elle.

Au lieu de s’excuser pour son geste, celle-ci a répondu vivement à la soliste. Un ton qui a donné lieu à une altercation, au point que le président de l’Orchestre Symphonique de Cincinnati doive faire sortir la spectatrice manu militari sous les bravas du public.

Un téléphone portable « obstiné » qui agace Riccardo Chailly

Deux ans plus tard à la Scala de Milan, c’est une sonnerie de téléphone qui a perturbé un concert dirigé par le directeur musical Riccardo Chailly. Le chef d’orchestre, très aguerri, aurait pu passer outre cette désagréable mélodie au milieu du « Patria Oppressa » de Macbeth de Verdi. Mais il y a alors un hic : cette représentation devait être enregistrée pour figurer sur un prochain album.

Le concert a donc été interrompu, et non sans humour, le chef italien a déclaré que cette patria oppressa, cette patrie oppressée, l’était… à cause d’un téléphone portable ! Une remarque qui a détendu l’atmosphère.

Le coup de sang de Yannick-Nézet Séguin

Ce fut une toute autre ambiance, l’année d’après à Philadelphie. Ce samedi 6 mai 2023 au Kimmel Center, le chef d’orchestre canadien Yannick Nézet-Séguin dirige la Symphonie n°9 d’Anton Bruckner. Un téléphone sonne, sans que personne ne se décide à l’arrêter. Le concert a dû être interrompu à deux reprises !

Il n’en fallait pas plus pour faire sortir le maestro de ses gonds. « Pouvons-nous vivre sans le téléphone seulement une p… d’heure ! » a-t-il lancé au public, rappelant que les spectateurs étaient là pour vivre une expérience rare. Une sortie assez vive qu’il a ensuite regretté dans la presse locale, tout en appelant à faire « adopter les rituels du concert » au « nouveau public ».

La méthode très british du ténor Ian Bostridge

Le chanteur lyrique Ian Bostridge, connu pour son flegme et sa discrétion, a choisi la pédagogie pour tenter de lutter, à sa manière, contre ce fléau des téléphones portables pendant les concerts. II interprétait Les Illuminations de Benjamin Britten quand il a arrêté de chanter pour s’adresser à un groupe de spectateurs. « Prendre des photos et filmer est une pratique extrêmement perturbante pour un artiste » a-t-il déclaré, applaudi par une partie du public.

Une déclaration qui s’adressait aussi à la nouvelle directrice de l’Orchestre de Birmingham, Emma Stenning, qui a autorisé les spectateurs à photographier les musiciens et à prendre de courtes vidéos, interdisant simplement l’enregistrement des performances « en intégralité ».

« Je vais porter plainte ! »

Voici un dernier exemple, le plus récent, et il s’agit d’une séquence au cours de laquelle on a frôlé la catastrophe. En février dernier, lors de L’Enlèvement au Sérail, de Mozart, à la Scala de Milan, un smartphone tombe de la scène. Il touche un spectateur du premier rang au visage.

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Le public a d’abord cru à une mise en scène mais l’homme qui a été heurté par le téléphone s’est levé en hurlant : « je vais porter plainte ! », interrompant la représentation. Il a refusé de remettre l’appareil aux huissiers, attendant que son propriétaire se manifeste pour avertir la police. A ce jour, personne n’a réclamé le téléphone en question…

Béatrice Mouedine

 

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