Laetitia Casta revient au théâtre avec « Clara Haskil, Prélude et fugue » une pièce écrite par Serge Kribus et mise en scène par Safy Nebbou. La comédienne se glisse dans la peau de la si touchante pianiste roumaine, née en 1895. Accompagnée sur scène par la pianiste Isil Bengi, elle jouera du 2 au 6 novembre au théâtre de l’Odéon à Marseille, avant une grande tournée en province. Elle s’est confiée à Laure Mézan dans le Journal du Classique.
« Le chemin va être long pour Clara Haskil mais c’est beau de raconter tout ce processus de l’artiste qui doit se battre avec elle-même »
Laetitia Casta, qu’est ce qui vous a donné envie de raconter et d’interpréter la vie de cette formidable pianiste qui demeure finalement, assez peu connue du grand public ?
Il est vrai que pour être honnête, je ne la connaissais pas moi-même, mais j’ai été touchée et j’ai rencontré une écriture : celle de l’auteur Serge Kribus.
Qu’est ce qui vous touche justement dans le parcours à la fois intense, fragile et douloureux qui a été celui de Clara Haskil ?
Ça n’est pas vraiment ce côté douloureux qui m’a attirée, même si c’est vrai qu’elle a connu deux 2 guerres et qu’elle a traversé la maladie. C’est plutôt tout ce qui touche au doute, le trac, la peur de décevoir, une grande sensibilité, une nature, une volonté de fer. Tout cela m’a parlé, elle m’a émue et j’avais envie de le raconter.
D’autant que ce sont des sentiments que vous pouvez sans doute vous aussi percevoir en tant qu’actrice : le trac, le doute …
Oui bien sûr, tout artiste peut se reconnaître. Mais c’est aussi vrai pour chacun : vous êtes prédestiné à quelque chose et puis vous allez être happé par le point de vue des autres, les rencontres, les mots qui peuvent un jour blesser et vous marquer à vie. Comment se défaire de tout cela ? On peut tous se reconnaître là-dedans, dans cette sensibilité-là. Pas forcément que si l’on est un artiste mais même juste dans un rêve que l’on avait et que quelqu’un est venu briser à un moment de votre vie : quand vous étiez petit, on a pu vous dire quelque chose qui vous a arrêté net. Ce qui est très beau chez Clara Haskil c’est que rien ne l’arrête justement et elle va malgré tout se battre contre ses démons et réussir à trouver la lumière dans le fait de jouer, de faire de la musique, d’avoir du plaisir. Le chemin va être long pour elle mais c’est beau de raconter tout ce processus de l’artiste qui doit se battre avec elle-même.
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Clara Haskil est une musicienne particulièrement touchante, qui avait ce jeu d’une grande pureté et qui vient sans doute de sa personnalité, de sa grande timidité. Vous êtes-vous imprimée de ses enregistrements ? Vous l’avez écouté pour préparer ce spectacle ?
Oui bien sûr je l’ai écouté, j’ai lu sa biographie et j’ai pu voir un documentaire. Mais après l’idée n’était pas de faire un biopic, l’idée c’était de raconter une histoire hollywoodienne, quelque chose qui amène le public à se laisser porter. On part dans un train et on arrive à Bucarest, à Vienne, à Paris puis on traverse toutes les villes et on va traverser la guerre ensemble, ces fêtes, ces regroupements de famille. On va aussi traverser son enfance, ses premières déceptions et beaucoup d’autres choses. On n’est pas dans l’idée de totalement reproduire Clara Haskil, que très peu de gens connaissent. C’est plutôt l’idée de la faire découvrir et de mettre un peu de moi aussi, de ce que je suis, dans ce personnage. C’est une certaine sensibilité qu’on amène comme ça. Clara Haskil n’était pas non plus une des plus grandes pianistes techniquement mais elle avait cette pureté dans le jeu, cette sensibilité à fleur de peau et lorsqu’elle jouait on ne pouvait absolument pas ressentir les moindres blessures de sa vie. C’est quelque chose qui était intact, extrêmement lumineux, et on parle de tout ça. C’est assez fascinant. L’idée c’est de proposer un moment théâtral qui soit intense et joyeux.
Fulgurante interprète, femme à la vie brisée, Clara Haskil est une pianiste de génie dont Serge Kribus a retracé la vie en éclats…
c’est Laetitia Casta qui incarne cette femme hors norme.
#TRP2021 #ThéâtreDuRondPoint pic.twitter.com/BS3hrMsgyA— Théâtre du Rond-Point (@RondPointParis) June 22, 2020
« Ce texte est comme une musique, il est comme une vraie partition »
Laetitia Casta, vous êtes seule, ou presque, sur scène ?
Non je ne suis pas seule je suis avec cette pianiste qui s’appelle Isil Bengi qui est formidable, incroyable et qui a une très belle énergie. J’ai la chance d’être sur scène avec elle car c’est quelqu’un avec qui je peux raconter les tableaux. En regardant Isil je fais parler Clara Haskil dans ses moments de concerts, dans ses moments de premier prix. Et puis vous savez, on n’est jamais vraiment seul, il y a la technique, la lumière, la scénographie, les costumes et il y a le public aussi.
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Trouvez-vous qu’il y a des similitudes entre le théâtre et le récital : jouer la même oeuvre chaque soir, mais différemment, pour un public différent ?
Tout à fait, puisque chaque salle à sa dimension et son espace. C’est amusant parce que ce texte est malgré tout comme une musique : il est comme une vraie partition et on est en live. C’est une pièce très riche donc il se passe chaque soir quelque chose de nouveau que moi-même je découvre. Si chaque soir il se passe quelque chose de différent c’est aussi parce que c’est le public qui vous le renvoie. Par moment, je regarde leurs visages et je vais leur parler comme une narratrice, avant de redevenir Clara Haskil. C’est un train que l’on prend ensemble et c’est un long voyage.
S’il fallait choisir une œuvre ou un compositeur joué par Clara Haskil, un enregistrement qui vous a profondément touché, lequel serait-ce ?
Il y en a beaucoup, mais je citerais l’extrême beauté de son interprétation des Scènes de la forêt de Schumann !
Laure Mézan