Royaume-Uni : Le gouvernement veut limiter le nombre d’étudiants dans les filières artistiques

Bernard Blanc/flickr Oxford, College

Est-ce un effet de la crise du Covid-19 ? Le gouvernement britannique aurait l’intention de limiter le nombre d’étudiants en filière artistique dans ses universités, considérée comme « précaire ». Une information rapportée par nos confrères du Guardian qui a entraîné une onde de choc dans les milieux artistiques et culturels outre-Manche.

C’est loin d’être la première fois que le secteur culturel est pris pour cible par le gouvernement britannique

L’argument du gouvernement de Boris Johnson pour ce numerus clausus dans les filières artistiques à l’université ? Les salaires en vigueur dans le secteur ne seraient pas assez élevés, et ne permettraient pas aux jeunes de rembourser leurs prêts étudiants. Des prêts qui s’élèvent à 140 milliards de livres sterling soit environ 165 milliards d’euros. Le ministère de l’Education britannique pourrait ainsi augmenter ses exigences et le niveau d’entrée dans ces filières jugées « précaires », de quoi décourager les potentiels candidats. Ces mesures concerneraient principalement les nouvelles universités. Le Trésor semble particulièrement obsédé par le faible rendement que générerait les professions artistiques et culturelles.

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C’est loin d’être la première fois que le secteur culturel est pris pour cible par le gouvernement britannique puisque Rishi Sunak, chancelier de l’Echiquier avait déjà déclaré en 2020 : « je ne peux pas prétendre que tout le monde puisse faire exactement le même travail qu’il faisait au début de cette crise. Chacun doit trouver des moyens de s’adapter et de s’ajuster à la nouvelle réalité ». Il conseillait par la même occasion aux musiciens de changer de métier, provoquant alors un véritable tollé.

Un gouvernement « anti-intellectuels et qui ne s’intéresse qu’à l’argent »

L’organisme de réglementation des universités britanniques a déjà annoncé réduire de 50% le financement des matières artistiques, une décision largement décriée par les artistes et les musiciens qui qualifient cette mesure de « catastrophique ». De leur côté, les directeurs d’universités sont eux aussi en colère face à une telle situation. En 2018, une étude financée par le ministère de l’Education a conclu que les diplômés de filières artistiques gagnaient moins en moyenne que les personnes n’ayant pas suivi d’études. Une étude brandie aujourd’hui pour légitimer la mesure et inciter les jeunes à soutenir l’économie du pays en ayant un « vrai » travail. Dans les colonnes du Guardian, Nick Hillman – directeur du club de réflexion Higher Education Policy Institute et ancien conseiller du gouvernement britannique – assure que les ministres regretteront sûrement un jour de paraître « anti-intellectuels et de ne s’intéresser qu’à l’argent ».

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Il y a également le problème de l’égalité des chances qui se pose face à de telles restrictions. Les experts et sociologues soulèvent la question du refus des prêts étudiants à ceux qui n’obtiendraient pas le grade A, (c’est-à-dire le meilleur grade de notation) pour accéder à ces filières. Ils estiment que cela  pénaliserait de facto les étudiants issus de milieux plus défavorisés. Une porte-parole du ministère de l’Education affirme pourtant que le gouvernement s’engage à veiller à ce que tout le monde puisse acquérir des compétences dans le but d’obtenir des emplois mieux rémunérés et jugés essentiels au soutien de l’économie du pays. Une stratégie pragmatique qui interroge sur l’avenir culturel du pays.

Ondine Guillaume

 

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