L’Opéra de Paris a développé depuis une dizaine d’années une vraie politique environnementale, un sujet pris d’autant plus au sérieux que sa consommation électrique est équivalente à celle d’une ville de 8.000 habitants. Sa directrice déléguée à la stratégie des investissements et du développement durable, Violaine Charpy, était au micro de Laure Mézan dans le Journal du Classique.
Quelles actions environnementales ont été menées par l’Opéra de Paris depuis une dizaine d’années ?
C’est significatif. Il y a eu une baisse des consommations d’électricité de 10%, une baisse des consommations d’eau de 30% et puis, depuis 2016, l’Opéra de Paris est approvisionné en électricité 100% énergie renouvelable. Ces actions se sont accélérées nettement depuis 2022, par exemple en hiver, au lieu de chauffer à 22°, on chauffe à 19°.
Plus globalement, la direction générale a élaboré une stratégie sur l’ensemble des enjeux de développement durable, pas seulement l’énergie. Avec l’aide de son mécène EY, l’Opéra de Paris a réalisé un bilan carbone. Cela a permis de construire un plan d’action sur la période 22/24, aujourd’hui mis en oeuvre de manière active à tous les niveaux de l’établissement.
Ça concerne donc l’énergie, mais aussi l’écoconception des décors, la valorisation des déchets, la mobilité. À ce titre d’ailleurs, l’arrivée à nouveau d’une troupe lyrique permet de diminuer l’impact des déplacements des artistes.
L’Opéra de Paris fait partie du collectif 17h25
Est-ce que vous percevez de la part du personnel de l’Opéra de Paris, des chanteurs, des musiciens, de tous ceux qui travaillent ici, une prise de conscience de l’importance de cet engagement ?
A l’image de ce qui se passe dans la société en général, il y a une réelle prise de conscience que nous souhaitons accompagner. Nous voulons donner les moyens aux salariés de comprendre les enjeux climatiques et les moyens et mesures qu’on peut mettre en place pour les limiter, que ce soit à l’échelle individuelle ou collective.
On a commencé avant l’été en mettant en place un réseau de référents « développement durable » au sein des directions, tous métiers confondus. 25 référents se sont réunis pour la première fois en juin dernier et sont extrêmement engagés et motivés.
L’Opéra de Paris s’est associé à d’autres grandes institutions culturelles françaises via un collectif intitulé 17h25 – l’heure de votre première réunion -. Vous vous êtes fixés plusieurs missions, notamment celle de réduire la fabrication et le stockage des corps volumineux. Comment est-ce que cela va se passer ?
Le collectif 17h25 existe depuis 2019 et réunit 5 institutions, dont l’Opéra de Paris, l’Opéra de Lyon, le Théâtre du Châtelet, la Monnaie de Bruxelles, le Festival d’Aix-en-Provence. En 2022, ce collectif s’est engagé sur ce projet de standardisation des éléments. Le principe est qu’un décor d’opéra ou de ballet est constitué d’éléments visibles du public et d’éléments invisibles. Le collectif travaille sur les éléments invisibles, ces éléments structurels qui portent le décor.
Déplacer uniquement les éléments artistiques
Jusqu’à maintenant, chaque maison conçoit et construit ses éléments structurels à sa manière. Lors d’une coproduction, on doit déplacer l’ensemble du décor et compris ces éléments structurels. L’enjeu est de trouver une manière de les concevoir pour qu’on puisse fabriquer et déplacer uniquement les éléments artistiques.
C’est aussi une manière nouvelle de travailler ensemble. 5 institutions, 5 équipes techniques qui phosphorent ensemble sur la conception de prototypes qui les expérimentent. Ça favorise les échanges et permet de parler de l’ensemble des enjeux de développement durable à cette occasion.
Est-ce qu’on pourra imaginer un jour, à Garnier ou à Bastille une production reposant entièrement sur le réemploi de décor ?
Il faut rappeler que l’Opéra de Paris, sur une saison, donne pour plus de la moitié des productions qui sont des reprises, donc en termes de réemploi, c’est une première étape. L’objectif de l’institution est de systématiser la recherche d’éléments existants à réemployer, [par exemple] en utilisant des éléments modulaires comme on en a parlé à l’instant.
Au sein du collectif, nous avons aussi nos propres éléments de répertoire qu’on utilise d’une production à l’autre. Ce qui est plus rare aujourd’hui, mais qu’on souhaite réellement développer, c’est d’utiliser des éléments d’une production existante sur une autre production.
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Pour Roméo et Juliette en juin dernier, plus d’une centaine d’éléments de costumes provenaient du stock des productions déclassées de l’opéra : des pantalons, des vestes des chapeaux… A terme, l’ambition de la direction générale est de prendre en compte la dimension environnementale dès la conception des projets avec les équipes artistiques, pour évaluer et pouvoir réduire dès le début l’impact de la production.