Comment expliquer la montée en puissance du Rassemblement national ?

SICCOLI PATRICK/SIPA

Le Rassemblement national s’est imposé ces dernières années comme le premier parti politique en France, avec déjà 35% des intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle de 2027. Depuis la succession de Marine le Pen à son père, le parti a su rallier de nouveaux électeurs autour d’un sentiment de déclassement et d’insécurité culturelle.

 

Le Rassemblement national écrase la concurrence. Aucune autre force politique n’est en mesure aujourd’hui de lui tenir tête.

Il n’y a qu’à voir les sondages pour la prochaine présidentielle : la candidature de Marine Le Pen est promise à des scores élevés, 35% au premier tour. Cela ne s’est pas vu depuis des décennies, et c’est surtout le double de Édouard Philippe pour l’instant, qui se situe autour de 17%.

Beaucoup de personnes affirment que les sondages se trompent toujours, que le RN ne gagnera pas à la fin.

Le RN a recueilli 33,2% des voix au premier tour des législatives de l’été 2024

C’est notamment ce qu’a dit Emmanuel Macron il y a quelques jours : « Méfiez-vous des sondages. Je connais beaucoup de gens qui étaient élus en juillet 2016. Ce n’était pas les mêmes forcément qu’on a retrouvés en mai 2017. »

Tout peut arriver, mais le RN a bien recueilli 33,2% des voix au premier tour des législatives de l’été 2024, et c’est significatif.

Depuis que Jean-Marie Le Pen a passé le relais à sa fille, en 2011, le RN n’a pas seulement changé de taille, il a changé de nature, ce qui explique un tel succès électoral.

Le RN a réussi à attirer de nouveaux électeurs parmi les cadres et les seniors

C’est ce que raconte une note passionnante du politologue Pascal Perrineau publiée ce mois-ci pour la Fondapol : les digues sociales et culturelles qui contenaient la progression du parti ont fini par céder. C’est la fin des citadelles imprenables dans l’opinion.

Le RN progresse chez les seniors, les diplômés du supérieur, les cadres, des électorats qui lui étaient jusqu’à présent structurellement réfractaires.

Le parti réussit une sorte de synthèse entre un socle de fidèles, qui sont des Français issus des classes populaires, en difficulté financière, qui votent RN depuis longtemps, et puis des ralliés, qui eux ont déposé un bulletin RN pour la première fois dans l’urne en 2024. C’est la clé de la réussite du RN.

Il y a un sentiment de déclassement parmi les électeurs de Marine le Pen

Ce ralliement ne repose pas sur des déterminants sociologiques ou économiques.

Tous ces gens ont en partage un profond sentiment de déclassement. Sans doute pour des raisons différentes, mais les électeurs fidèles comme les ralliés estiment qu’ils vivent moins bien aujourd’hui qu’avant.

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Pascal Perrineau parle d’insécurité culturelle, de sentiment de déclin ou encore de manque de reconnaissance sociale. S’ajoute à tout cela le désordre politique, en particulier après la dissolution incomprise de l’été 2024.

Après tout, Marine Le Pen est celle qui incarne le mieux l’opposition au macronisme. Elle a affronté à deux reprises le président sortant dans un duel au second tour. Certainement que rien n’est gagné d’avance, mais il sera de toute évidence difficile de déloger le RN des avant-postes.

Richard Flurin

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