Rebaptiser le français en « créole » : Pourquoi l’idée de Mélenchon n’a pas de sens selon Marc Lambron

Crédit : BALTEL/SIPA

Lors d’un colloque organisé à l’Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon a proposé de ne plus parler de « langue française », mais de « langue créole ». Lancé la semaine dernière par le député insoumis Aurélien Taché, le débat portait sur la francophonie et la langue française. Dans Esprits Libres, Marc Lambron conteste les propos de l’ancien candidat à l’élection présidentielle.

Nouvelle polémique ou véritable débat sur la langue française ? Le fondateur de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, propose de repenser l’appellation même de la « langue française » : « la créolisation est notre maître mot, si nous voulons que le français soit une langue commune, il faut qu’elle soit une langue créole et je préférerais qu’on dise que nous parlons tous le créole parce que ça nous arrangerait mieux que de dire que nous parlons français, car cela serait sans doute plus vrai. »

Interrogé par David Abiker à l’antenne de Radio Classique, Marc Lambron, membre de l’Académie française, s’insurge contre une telle proposition : « j’aime qu’on soit précis quand on veut légiférer sur la langue française, il ne faut pas dire n’importe quoi et Monsieur Mélenchon aurait pu consulter le dictionnaire de l’Académie française avant de faire cette proposition. »

Créole : Première définition

Les Immortels se réunissent tous les jeudis pour élaborer la nouvelle édition du Dictionnaire de l’Académie française, qui est l’un des plus anciens dictionnaires de la langue française. En tout, il en existe neuf éditions, dont la dernière a été publiée en 2024.

Outil incomparable, Marc Lambron y a justement étudié la définition du mot « Créole » : « alors, première définition : personne de famille européenne née dans une des anciennes colonies des régions tropicales de l’Amérique et de l’océan Indien, plus particulièrement aux Antilles, exemple : Joséphine de Beauharnais était créole. Donc, je ne pense pas que ce soit ces créoles-là. »

Il continue sa recherche en proposant une lecture du sens dérivé qui soulève le souci de cette proposition : « toute personne née dans ces régions, exemple : un Noir ou un métis créole né dans ces colonies, mais pas en Afrique, donc si vous faites le français créole, déjà vous excluez les apports africains à notre langue ! »

La langue française est la langue officielle de 29 pays

Pour le membre de l’Académie française, il est nécessaire de ne pas renier toutes ses origines : « notre langue est plus hospitalière que ce que décrit monsieur Mélenchon. Elle n’a cessé d’incorporer des mots étrangers, je prends deux exemples : le turc et le japonais. Les mots : tulipe, chacal, kiosque et turquoise, c’est du turc ; karaoké, judoka, typhon et futon, c’est du japonais. Mais dans les deux cas, on n’est pas en zone créole, donc il ne faut pas exclure toutes les origines de la langue française. »

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Marc Lambron alerte sur les propos tenus par Jean-Luc Mélenchon : « Une fois que l’on a étudié sérieusement le sens du mot créole, on comprend que Mélenchon est un grand exterminateur du lexique et qu’avec ce discours, il entend appauvrir notre langue et notre culture. »

Alessandra Wyak

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