Retraites : « L’enjeu principal de ce conclave n’était pas la réforme des retraites mais la survie du gouvernement » affirme Antoine Foucher

Crédit : Raphael Lafargue- Pool/SIPA

Après l’annonce de l’échec du conclave sur les retraites, François Bayrou veut tenter de trouver « une voie de passage ». Il a reçu ce mardi matin les partenaires sociaux à Matignon. Antoine Foucher, qui fut l’ancien directeur de cabinet de Muriel Pénicaud quand elle était ministre du Travail, est l’invité de la matinale. Il revient sur les dernières déclarations du Premier ministre et alerte sur la prise de conscience des Français face au débat sur les retraites.

Quatre mois pour rien ? Les syndicats et le patronat viennent de mettre un terme au nouveau cycle de négociations sur les retraites sans trouver de terrain d’entente. Dans une courte déclaration, François Bayrou, le Premier ministre, invite les partenaires sociaux pour une réunion de la dernière chance : « Je considère donc que notre devoir est de ne pas baisser les bras et de tout faire pour permettre de dépasser un tel blocage. C’est pourquoi j’ai décidé d’inviter les organisations (syndicales et patronales, ndlr) qui ont travaillé ensemble durant ces quatre mois à me rencontrer dès ce matin pour rechercher une voie de passage dans l’intérêt de notre pays. »

Pour Antoine Foucher, auteur de Sortir du travail qui ne paie plus (aux éditions l’Aube), cette réaction du Premier ministre révèle autre chose : « ça montre que l’enjeu principal de ce conclave n’était pas la réforme des retraites mais la survie du gouvernement, et convoquer une conférence de presse à 7h du matin, c’est une manière de continuer à faire quelque chose de spectaculaire en disant qu’il y a une implication inédite du gouvernement. »

Rien de concret pour la réunion de la dernière chance

Lors de cette réunion, sont conviés tous les partenaires sociaux étant restés jusqu’à la fin du conclave, ce qui signifie que FO, la CGT et l’U2P ne seront pas présents, ayant quitté la discussion mi-mars. D’après Antoine Foucher, il ne reste qu’une seule solution pour que François Bayrou réussisse à trouver un accord : « ce qu’on fait assez souvent dans des fins de négociation comme ça, c’est qu’on écrit des choses pas claires sur lesquelles chacun choisit son interprétation qui lui va bien, qui permettront finalement de ne rien décider de concret. »

Dès le début du conclave, le Premier ministre souhaitait un retour du régime des retraites à l’équilibre d’ici 2030, pourtant les partenaires sociaux ne l’envisageraient pas : « même si une décision sera prise, ce sera du surplace, car ni le patronat ni les syndicats n’ont pour ambition de mettre le régime à l’équilibre à l’horizon 2030. »

L’ancien directeur de cabinet de Muriel Pénicaud n’imagine pas que la solution se trouve du côté des partenaires sociaux : « Il ne faut pas oublier que ces 15 dernières années, c’est le gouvernement qui a réalisé les réformes de fond comme le recul de l’âge de la retraite, ce ne sont pas les partenaires sociaux. Ils ont laissé le sale boulot aux politiques ! Donc se dire qu’on va retrouver l’équilibre en confiant les clés aux partenaires sociaux qui n’ont fait aucune réforme de fond depuis 20 ans, ce n’est pas possible, s’ils prenaient le rôle du gouvernement et avaient autant de suivi médiatique, le résultat serait le même. »

Une clé : le travail

« La vérité, c’est qu’on ne travaille pas assez dans notre pays. C’est très désagréable à entendre, mais il suffit de faire de la comparaison pour le comprendre, on travaille 2 à 3 ans de moins que les autres pays qui sont aussi formés et productifs que nous », explique Antoine Foucher.

D’après lui, il faut que le gouvernement dise clairement l’ampleur du problème : « Il ne faut pas que cette pilule soit homéopathique, il faut que quelqu’un dise clairement qu’on a besoin près de 250 milliards d’euro pour redresser le pays. »

A lire aussi

 

L’ancien directeur de cabinet de Muriel Pénicaud explique que la solution à ce problème passe par le travail : « pour ne pas continuer à s’enfoncer dans la vase et faire plutôt levier, il faut qu’on travaille davantage et que celui-ci soit mieux rémunéré. »

Il conclut sur la nécessité de laisser aux Français leur destin entre leurs mains : « il faut qu’on ait la possibilité de mettre chacun devant son destin avec un bulletin de vote par référendum »

Alessandra Wyak

Retrouvez toute l’actualité Société