Le 12 juin, dans le cadre du Plan Maths et Filles du ministère de l’Éducation nationale, la délégation aux droits des femmes du Sénat a auditionné Laura Chaubard. La directrice générale de l’École polytechnique a alerté sur le nombre de femmes insuffisant dans les filières scientifiques. Invitée de la matinale, elle revient sur le manque de femmes dans les Écoles Normales Supérieures.
Le 7 mai 2025, Élisabeth Borne, la ministre de l’Éducation nationale, a présenté un plan d’action intitulé Filles et Mathématiques. Ce plan vise à encourager les filles à suivre une formation en ingénierie et en sciences numériques. L’objectif est de viser un minimum de 30 % de filles en plus dans les classes préparatoires scientifiques d’ici 2030.
Pour Laura Chaubard, ingénieure générale de l’armement française, se tourner vers une carrière scientifique était naturel : « je pense que la combinaison du métier scientifique et du service de l’État, il n’en fallait pas plus à l’époque pour me convaincre d’embrasser cette carrière. » Pourtant, ce n’est pas le cas pour tout le monde, les résultats récents montrent qu’il y a un plafond de verre entre 20 et 25 % de femmes dans les écoles d’ingénieur les plus sélectives.
Pour elle, la source du problème est l’orientation : « je pense qu’on ne comprend pas assez bien comment se forment ces biais d’orientation massifs dans le parcours des jeunes femmes. Il faut faire des recherches, surtout qu’on dispose aujourd’hui de données fantastiques sur la scolarité et le parcours des élèves depuis l’école primaire. Ils ont tous un ENT, donc on doit se donner les moyens de comprendre. »
« Les classes non mixtes insatisfaisant mais il y a urgence »
La directrice générale de l’École polytechnique dresse un constat alarmant sur la méthode d’enseignement des Écoles Normales Supérieures : « Une étude de l’Institut de politique publique est sortie il y a quelques semaines et montre que les femmes qui arrivent en classe préparatoire n’en bénéficient pas de la même manière que les garçons. Elles réussissent moins bien aux concours qu’elles préparent, alors qu’elles rentrent en classe préparatoire avec un niveau plus élevé que celui des hommes. »
Elle ajoute : « Quand on n’est que 3 filles dans une classe de 50 garçons, on peut être facilement isolée dans les groupes de travail, ce qui empêche de réussir convenablement. » D’après Laura Chaubard, la solution est de prendre exemple sur le système en place il y a quelques années : « il y a une dizaine d’années, les Écoles Normales Supérieures étaient non mixtes et c’était une filière d’excellence pour les mathématiciennes. Évidemment, c’est insatisfaisant, mais ça a le mérite d’être expérimenté car aujourd’hui il y a urgence. »
Un objectif atteignable par la législation
« On étudie avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et avec la tutelle du ministère des Armées, des dispositifs qui ressembleraient à ce qu’a mis en place l’INSP (Institut National du Service Public) avec des prépas talents. Ce qui permettrait d’avoir des voies d’accompagnement, de formation et de recrutement qui favorisent une plus grande parité et une plus grande diversité », dévoile la directrice générale de l’École polytechnique.
A lire aussi
Mais d’après elle, atteindre le quota des 30 % de filles en filière scientifique va demander des mesures plus importantes : « je pense que l’ambition qui a été affichée par la ministre Élisabeth Borne, c’est d’abord d’afficher une volonté et d’y travailler avec les partenaires de terrain. Mais pour imposer ce fameux quota, il faudra sûrement, jusqu’à peu, une mesure législative. »
Alessandra Wyak
Retrouvez toute l’actualité Société