L’affaire des agressions sexuelles commises par l’Abbé Pierre a rebondi ces derniers jours, deux mois après de premières révélations. De nouveaux témoignages ont été dévoilés, et le Pape François a admis que le Vatican était au courant depuis des années. Le philosophe Luc Ferry est revenu ce lundi dans Esprits Libres sur la chute de la figure de l’Abbé Pierre.
« Séparer le bon grain de l’ivraie » : cette célèbre parabole est plus que jamais d’actualité, selon Luc Ferry. Attention, il ne faut pas imaginer qu’il y ait d’un côté les croyants – le bon grain – et de l’autre, les mécréants – l’ivraie – avertit Luc Ferry. Le Christ, en prononçant ces mots, souligne-t-il, renvoyait à « la vie intérieure, au cœur humain ». C’est ce qu’a très bien résumé le Pape François, explique-t-il, qui a déclaré à propos de l’Abbé Pierre que « malgré tout le bien qu’il a fait, on découvre que c’était un terrible pécheur ».
L’ancien ministre de l’Education pointe les choses « formidables » et « magnifiques » qu’a réalisées l’Abbé Pierre : « il avait un cœur coupé en deux, avec une partie extrêmement bonne, qui n’est pas annulée par le mal qu’il a fait ». Ces deux parties coexistent, estime-t-il, assurant que ce qui a choqué l’opinion publique, c’est d’avoir « cru pendant des années que c’était un saint. Il ne l’était pas ».
La dualité du cœur de l’Homme
Luc Ferry cite d’ailleurs des propos de l’autre grande figure catholique de ces 50 dernières années, Sœur Emmanuelle. Elle lui avait confié « avoir le mal en elle » , racontant la fois où elle a assisté à l’assassinat d’un enfant au Liban : « J’aurais tué le tireur. Je l’aurais assassiné, je l’aurais torturé, tellement c’était ignoble ». C’est cette dualité du cœur de l’Homme que le philosophe tient à rappeler, tout en dénonçant sans ambiguïté les agressions commises par l’Abbé Pierre.
Béatrice Mouedine
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