On annonçait le retour de François Bayrou. Finalement le président du MoDem ne reviendra pas au gouvernement ; et il le fait savoir avec fracas. On vient de vivre 48h d’une mauvaise mise en scène pour arriver à ce pétard mouillé. Que s’est-il passé ?
Lundi, François Bayrou est relaxé dans l’affaire des assistants du MoDem. Une bonne nouvelle pour lui et un tournant pour la majorité, nous disait-on. Le maire de Pau allait revenir par la grande porte. Mardi, il est présenté comme LA solution pour remplacer à l’Education nationale une Amélie Oudéa-Castera fragilisée. Du moins il faisait quasiment acte officiel de candidature.
Mercredi, ça traîne un peu, mais Macron, Attal et Bayrou se voient ; l’accord se finalise. Et puis mercredi 20 heures, c’est par un communiqué vengeur que le Haut-Commissaire au Plan annonce qu’il ne rentrera pas au gouvernement en prenant prétexte d’une absence d’accord profond sur la politique à suivre. Ce sont des mots de rupture.
Ce désaccord est très prosaïque. François Bayrou n’a pas eu ce qu’il voulait. Il pensait que sa relaxe lui permettait de fixer très haut la barre de ses exigences. Il voulait un poids renforcé du MoDem au sein du gouvernement – six ministres disait-on. Ça faisait beaucoup.
Le MoDem va-t-il sortir de la majorité ?
Il voulait bien revenir à l’Education mais avec les mains libres, c’est-à-dire en refusant de mettre en œuvre les réformes voulues par Gabriel Attal. C’était trop pour le premier ministre qui n’était déjà pas enchanté de voir arriver un homme qui s’était opposé à sa nomination. Il voulait trop, ça ne sera rien.
Ce coup de gueule conduit-il à une sortie du MoDem de la majorité ? Donc à une crise politique ? Quand le président d’un parti fait un constat d’absence d’accord profond avec le président de la République et le premier ministre, si les mots ont un sens, oui, ça signifie une sortie de la majorité.
François Bayrou se prive lui-même de la chance de rejouer un rôle opérationnel
Mais croyez-vous que Marc Fesneau va quitter le ministère de l’Agriculture au nom de ce supposé désaccord ? Croyez-vous que Sarah El Hairy va refuser un secrétariat d’Etat par solidarité avec François Bayrou ? Croyez-vous que les 50 députés MoDem vont se déclarer demain comme un groupe d’opposition ? A l’évidence, non. Ce coup de gueule apparaît plus comme une réaction de mauvaise humeur personnelle que comme une prise de position politique du deuxième parti de la majorité.
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Aujourd’hui, qui est le plus pénalisé ? Emmanuel Macron ou François Bayrou ? Le chef de l’Etat, c’est vrai, avait envie de faire revenir son allié. Mais des ministres il en trouvera. Bayrou usera de sa liberté de parole pour le critiquer à intervalles réguliers, mais s’en serait-il privé en devenant ministre ? Et pour le reste, c’est le Haut-Commissaire au Plan qui se prive lui-même de la chance de rejouer un rôle opérationnel. Dans le paysage politique des Français, François Bayrou existe. Mais demain il risque d’apparaître un peu plus isolé encore qu’hier. Y compris dans son propre parti.
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