Dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, Emmanuel Macron a prononcé jeudi 25 avril un long discours sur l’état de l’Union européenne, sept ans après une allocution prononcée au même endroit. Le politologue Pascal Perrineau revenait sur ce discours à l’antenne de Radio Classique, le 26 avril.
« Notre Europe est mortelle », a martelé le Président de la République devant les bancs de la célèbre université. Pascal Perrineau voit « une grande lucidité » de la part du chef de l’Etat. « Aucune construction politique aussi sophistiquée et fragile n’est éternelle », assure-t-il.
Pour le politologue, l’Union européenne ferait face à des menaces « multiples ». D’une part, des menaces géopolitiques variées, mais également une « menace interne » venant du fait que « l’Europe ne s’aime plus ». « C’est un vrai problème quand les Européens n’aiment plus l’Europe », estime-t-il. « La France est un des pays parmi les vingt-sept qui aime le moins la construction européenne telle qu’elle est ».
L’UE n’est pas très aimée dans le monde
Pour l’enseignant à Sciences Po, l’Europe n’est « pas très aimée dans le monde ». Elle susciterait de l’indifférence voire de l’hostilité du côté des Etats-Unis. Par ailleurs, « à côté de l’OTAN, l’Union européenne est véritablement un caillou dans la chaussure russe », selon le chercheur.
Il note également la présence de « très peu » de références nationales dans le discours d’Emmanuel Macron. D’après Pascal Perrineau, le président, qui a prononcé son discours devant un public composé d’ambassadeurs, d’une délégation de la commission européenne, d’étudiants et de chercheurs, « s’adressait à ses collègues des vingt-six autres pays de l’UE ». « Ça n’était pas à proprement parler un discours de campagne », juge le spécialiste de sociologie électorale, « même s’il sera retenu comme un moment fort de la campagne ».
Une « Europe puissance »
L’Union européenne « est dans l’ADN macronien », affirme le chercheur. Selon lui, « s’il y a une construction politique qui est et de droite et de gauche », ce dont s’est, pendant un temps au moins, réclamé Emmanuel Macron, « c’est bien l’Union européenne », fondée dans les années 1950 par des hommes politiques de gauche et de droite.
« Si on veut la faire revivre, il faut avoir des idées », ajoute Pascal Perrineau. Des idées qu’il aurait retrouvées dans le discours de la Sorbonne, au cours duquel le Président a multiplié les petites formules, parlant tour à tour d’« Europe puissance », « Europe de l’atome », « Europe de la géographie » et d’« Europe de l’innovation ». Pour le politologue, le discours était aussi « plus empreint de préoccupation, de pessimisme et de pédagogie » que la précédente prise de parole présidentielle à la Sorbonne au sujet de l’Europe, il y a sept ans.
Une participation faible
Alors que les élections européennes se rapprochent, « plus d’un électeur sur deux dit ‘je resterai chez moi’ », commente Pascal Perrineau, estimant qu’il est « difficile, dans des élections européennes, de réveiller un électeur français ».
A six semaines des élections, on peut s’attendre à une participation légèrement supérieure à cette prévision mais « il ne faut pas s’attendre à une participation extrêmement élevée », analyse le politologue. Il prédit que le discours pourrait « mobiliser négativement » de potentiels électeurs par rapport à la politique de la majorité, en « réveillant un anti-macronisme », ou plus positivement pour le parti en mobilisant un électorat « europhile » de « cols blancs ».
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Concernant les sondages très favorables au candidat du Rassemblement national, le chercheur rappelle que « la victoire de Jordan Bardella est probable mais elle n’est pas inéluctable ». « Aucune victoire » ne l’est, précise-t-il.
Ella Couet
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