Sécurité : Emmanuel Macron s’engage à augmenter le budget, annonce du président ou promesse de candidat ?

Jacques Witt / Sipa

A Nice, Emmanuel Macron s’est engagé à augmenter de 15 milliards d’euros sur cinq ans le budget de la sécurité. C’est à la fois une annonce du président et une promesse de candidat. Ces 15 milliards seront inscrits dans une loi de programmation, laquelle sera adoptée en conseil des ministres au mois de mars. Donc c’est bien un acte de l’exécutif. C’est un engagement que le chef de l’Etat voudra inscrire au bilan de son premier mandat.

Emmanuel Macron est assez habile en faisant ces annonces sur la sécurité

Mais pour qu’une loi soit appliquée, il faut un Parlement pour la voter. Or, en mars, pour cause de présidentielle, l’Assemblée ne siégera plus. La Lopmi, comme elle s’appellera, la loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur, devra attendre une nouvelle majorité. Ajoutez à cela qu’elle s’étendra sur la période 2022-2027, soit la totalité du prochain quinquennat. Pour ces deux raisons, les annonces d’hier sont donc avant tout des promesses de campagne. Emmanuel Macron peut dire : vous voulez cette hausse de 25 % du budget de la police ? Vous voulez le doublement annoncé des effectifs opérationnels sur le terrain ? Et bien votez pour moi.

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C’est la méthode Macron pour installer comme une évidence « l’envie » -comme il dit– d’un second mandat ; pour entrer déjà en campagne sans annoncer encore sa candidature. C’est assez habile car comment reprocher au président de la République d’agir vraiment jusqu’au dernier quart d’heure de son mandat et de ne pas se contenter de gérer les affaires courantes. Que dirait-on si à trois mois du scrutin il disait : la présidentielle approche, je lève le crayon ?

 

Valérie Pécresse parlait aussi de sécurité à Argenteuil

Et cette idée de candidature évidente, pour ne pas dire de reconduction naturelle, est le cœur de sa stratégie électorale. C’est pour des décisions effectives immédiatement, sur le plan sanitaire par exemple ; des décisions d’ores et déjà prises et annoncées mais qui ne pourront être validées qu’après mai 2022, comme cette loi sur la sécurité ; des réformes qui ne seront lancées qu’après la présidentielle mais dont il annonce d’ores et déjà le contenu ; je pense à celle des retraites ; et enfin des thèmes qu’il ne fait que mettre sur la table et que seront détaillées dans le programme de campagne, sur l’école, ou l’hôpital.

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Hier, Valérie Pécresse parlait aussi de sécurité, à Argenteuil. C’est sur ce terrain que la candidate LR a choisi d’aller parce que le régalien, c’est en quelque sorte l’ADN de la droite, et parce que dans l’opinion, c’est celui où le bilan du président sortant est jugé le plus faible. Et c’est sur ce terrain que veut aller Macron parce qu’il veut toujours attirer l’électorat de droite et parce qu’il sait qu’il a un retard à combler. Sur le fond, on trouve des similitudes entre les deux projets, comme le fait de mettre sur le terrain des policiers ou des gendarmes affectés à des tâches administratives ou des missions qui pourraient être assurées par d’autres. Entre Macron et Pécresse, sur la sécurité, c’est la bataille de la crédibilité qui est engagée.

Guillaume Tabard

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