Emmanuel Macron : science et foi sont-elles incompatibles pour le président ?

L’Express a publié une tribune d’Emmanuel Macron sur l’articulation entre la science et la religion. Est-ce une manière pour le président de marquer la fête de Noël ?

L’ouvrage Dieu, la science, les preuves s’est écoulé à plus de 70 000 exemplaires

C’est sans doute un choix de l’Express de faire coïncider son dossier sur Dieu et la science avec la fête de Noël. Est-ce aussi la volonté d’Emmanuel Macron ? Le chef de l’Etat a fait un tweet le 23 décembre à l’intention de ceux qui se retrouvent en famille pour Noël, mais sans allusion à la signification de la fête de la Nativité, ni message particulier pour les chrétiens. Peut-être fera-t-il un tweet spécifique aujourd’hui, ce qui serait une première depuis son élection. Pour revenir à sa tribune dans l’Express, l’occasion était la sortie d’un livre intitulé Dieu, la science, les preuves écrit par Michel-Yves Bolloré et par Olivier Bonnassies, le fondateur d’un site catholique qui s’appelle Aleteia. Un livre qui est un véritable phénomène éditorial puisqu’il est en tête des ventes des essais avec déjà 70 000 exemplaires vendus en deux mois.

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Pour Emmanuel Macron, la science n’est pas une juxtaposition de points de vue mais l’établissement d’une vérité que chacun devrait reconnaître. « Il est nécessaire que le vrai retrouve ce statut d’évidence lumineuse que décrivait Descartes » écrit le président. Et c’est assez audacieux de dire cela parce que le concept de « vérité » est quelque chose que plus grande monde n’ose utiliser. C’est là que le lien avec la religion est intéressant car la démarche religieuse aussi repose sur la recherche de la vérité. Les chrétiens croient en un Dieu qui a dit : « je suis le chemin, la vérité et la vie ». 

Ce discours est-il une manière de s’adresser à l’électorat des croyants ?

Emmanuel Macron a cette phrase forte : « contrairement à ce que l’interprétation voltairienne des Lumières a longtemps imposé comme grille de lecture, le développement de l’esprit scientifique ne s’oppose en rien à l’expression des religions ». Science et foi à ses yeux ne sont pas incompatibles. Le chef de l’Etat rejoint ici l’enseignement constant de Benoit XVI qui insistait pour dire que la science et la foi ne s’opposaient pas comme l’irrationalité s’oppose à la rationalité et qu’au contraire, la foi avait une rationalité la rendant accessible à toute intelligence humaine.

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Ce discours est-il une manière de s’adresser à l’électorat des croyants ? Faisons le crédit au chef de l’Etat, de n’avoir pas forcément d’arrière-pensée électorale sur ce sujet. Mais constatons quand même, un grand écart avec un certain progressisme dont il se fait le chantre et sa majorité plus encore. Sur les questions sociétales par exemple – la PMA, l’allongement du délai d’avortement – ce progressisme s’appuie sur la revendication de droits individuels et dont l’acceptation qu’il n’y ait pas de vérité scientifique commune acceptée par tous. C’est le cas sur la définition de l’embryon. Voilà encore un « en même temps » qui confine au grand écart.

Guillaume Tabard

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